#El francés en la actualidad

Fil du rasoir

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Pedro Sanchez sur le fil… C’est ce qu’indiquent les informations de Rfi à propos du chef du gouvernement espagnol, qui doit défendre le budget qu’il présente devant l’Assemblée nationale, et qui est dans une position fort délicate. Il doit faire voter sa loi de finances ou abandonner son poste. Il est donc comme on dit sur le fil… Il faut comprendre sur le fil du rasoir. Souvent cette expression est abrégée, et on laisse tomber cette référence au rasoir… Il faut bien avouer qu’elle n’est pas très claire et qu’elle n’aide pas à comprendre.

Sur le fil. ? On peut imaginer la position du funambule, du danseur de corde : il marche sur un fil tendu et risque la chute à chaque instant. Mais du moins son fil ne lui coupe pas les pieds. Alors que si l’on reprend l’expression complète, tout change : le fil du rasoir évoque le tranchant du rasoir, le bord effilé de la lame qui coupe. De même parle-t-on du fil de l’épée, locution ancienne, qu’on conserve dans une disposition particulière : on passe au fil de l’épée ceux qu’on exécute, qu’on tue à l’aide de l’épée. Le fil de l’épée est donc la menace de cette arme, son aspect dangereux. Est-ce que tout ça nous permet de comprendre l’expression « être sur le fil du rasoir » ? Difficile. À moins d’imaginer qu’on marche sur un rasoir, en essayant d’avoir le pied si léger qu’on n’en subira pas les conséquences. On est donc sur la pointe des pieds. Et même la pointe de la pointe… Mais le moindre faux pas, le plus petit geste peut être fatal. On imagine donc celui qui est dans une position extrêmement délicate, au point qu’il en est presque paralysé, et qu’il n’ose plus bouger.

Le rasoir, on le trouve dans quelques autres expressions françaises, certaines plus transparentes, d’autres tout aussi mystérieuses.

Mais la plus facile à comprendre est bien coupant comme un rasoir. Un simple intensif : un rasoir doit bien couper, donc ce qui est coupant comme un rasoir est très effilé, très affûté. Et la comparaison s’emploie d’abord à propos du vent, froid, incisif, qui attaque la peau. Et bien vite l’image quitte ce terrain de l’évidence concrète pour s’appliquer à l’esprit ou à l’intelligence. Un esprit affûté comme un rasoir évoque une façon de réfléchir et surtout de réagir rapide, cinglante : un esprit aiguisé dit-on aussi. Et l’évocation du rasoir cède facilement sa place à sa celle de l’épée.

L’instrument reste terrifiant quand il devient national : le rasoir national était l’un des nombreux surnoms de la guillotine pendant la Révolution. Cette guillotine qu’on affublait de noms divers, parce qu’on en avait peur, qu’on pensait ainsi l’amadouer, ou parfois parce qu’on se félicitait de son fonctionnement intensif.

Et puis l’adjectif rasoir, dans un français familier, retrouve les sens figurés de la barbe : c’est barbant, c’est ennuyeux. C’est rasoir, c’est pareil.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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