#El francés en la actualidad

Cloué au sol

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Les Boeing 737 MAX cloués au sol ? C’est ainsi que l’information est présentée sur RFI et dans la presse en général, avec une image forte, fréquemment utilisée lorsqu’on dit que les appareils ne décolleront pas. Mais la formule est radicale : elle indique bien qu’aucun ne quittera la piste. Comme si une force implacable les maintenait par terre. C’est l’habitude des titres de presse. Ils peuvent être cloués au sol par une grève, par une météo calamiteuse, par des pannes, ou dans un cadre plus guerrier, par l’aviation adverse qui les guette… L’image insiste sur l’empêchement : malgré le désir des compagnies, les avions sont dans l’impossibilité de décoller. Maintenus au sol ? Bien plus ! Comme s’ils étaient arrimés, et même transpercés par une pointe qui s’enfonce dans la terre. Cette idée du clou, qui accentue l’impuissance de celui qui ne peut plus bouger est impressionnante. Quel souvenir se profile derrière ? Celle de la crucifixion et du Christ ? Peut-être, mais elle est loin derrière. Toutefois, l’image de la Passion est toujours présente, en filigrane, dès qu’on parle de clouer autre chose que deux planches. Et on la retrouve dans une expression toute faite : cloué au pilori ! Le mot pilori ne se trouve que dans cette locution. C’est probablement à l’origine un pilier, mais le terme évoque un instrument de torture ancien. Et on mettait au pilori, ou clouait au pilori des condamnés pour les exposer au mépris populaire. Un supplice, mais qui alliait à la douleur infligée une mise en scène qui veut donner l’exemple. À la fois pour attiser l’indignation de ceux qui en sont le témoin pour leur faire peur et les dissuader de quitter le droit chemin, et aussi pour enflammer leur vindicte : c’est souvent le mot qu’on entend en corrélation avec cette image du pilori !

Mais la collection de papillons est bien plus proche de l’inconscient linguistique. Et on a aussitôt l’image de ces malheureux lépidoptères, beaux, morts, les ailes déployées, accrochés côte à côte et à jamais immobiles. Pour être cloués, ils sont cloués !

On voit bien donc qu’on peut être cloué au sens littéral comme au sens figuré : cloué au sol, cloué chez soi, cloué à son bureau… Dit-on parfois qu’on est vissé ? On connaît cette excellente blague : « Ah Docteur, mon mari a une grippe affreuse. Il est resté cloué au lit pendant trois jours. J’aurais voulu que vous les vissiez ! » Et malgré cette constatation technique qui veut que la vis soit plus solide que le clou, elle s’enfonce moins directement !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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