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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Un procès hors-norme qui commence ! C’est ainsi qu’il est qualifié par RFI, ce procès qui va revenir sur la vague de suicides qui endeuilla France Télécom il y a quelques années. D’anciens dirigeants de l’entreprise sont donc mis en examen pour harcèlement ou complicité de harcèlement moral. On envisage donc qu’ils sont responsables, ou partiellement responsables de ces morts.

Inutile d’expliquer ce qu’est un suicide : tout le monde le sait. Mais il est intéressant de revenir sur la formation de ce mot.

Il est formé sur des racines latines, mais ne vient pas directement du latin. Il a été façonné au 18e siècle, en français, sur le modèle du mot homicide. Un homicide, c’est le fait de tuer (racine -cide) un homme (racine homo-). Un suicide, c’est le fait de tuer soi-même : « sui » est un pronom personnel à la forme dite génitif qui signifie soi. On pourrait donc imaginer d’utiliser le verbe de façon simplement intransitive : on dirait il a suicidé, pour dire il a tué lui-même… il s’est tué. Mais justement, on va construire la phrase sur le modèle « il s’est tué ». Et on va dire il s’est suicidé. Ce qui est dire deux fois la même chose : il s’est suicidé, littéralement veut dire il s’est tué, lui-même. Et on insiste, tant l’action profondément réflexive du suicide reste hors-norme : on l’exprime donc deux fois.

Le mot on l’a vu est donc relativement récent. Deux siècles et demi, c’est encore jeune. Il n’empêche qu’il a souvent des usages dérivés, figurés. Ou simplement qui font intervenir des notions de grande imprudence ou d’inconscience. Si l’on dit à un marin : « c’est du suicide de sortir par ce temps », on veut simplement dire que la mer est si dangereuse qu’on se met en danger mortel en voulant naviguer. On parle souvent aussi de comportement suicidaire, lorsque quelqu’un se met en danger. Ce n’est pas vraiment qu’il veuille se tuer, mais il y a comme un désir inconscient qui se fait jour quand on ne prend pas les précautions élémentaires. Et on se met dans une situation incroyablement risquée, on conduit trop vite, on ne ménage pas sa santé… on est suicidaire.

On parle aussi parfois de suicide politique ou professionnel. Et là aussi de façon figurée. Telle déclaration, telle position, c’est du suicide politique. Ce qui revient à dire que la déclaration en question ruinera la carrière de celui qui l’a faite.

Il existe aussi une formule étonnante : « il a été suicidé ». Cette dernière expression, même si elle recourt à un jeu de mots macabre (et tout jeu de mots n’est pas drôle… Jeu de mots et humour ne sont pas systématiquement liés), cette dernière formule donc est assez instructive avec son côté paradoxal. On se demande si quelqu’un s’est vraiment suicidé, ou s’il a été abattu. Il a été tué et le meurtre a été ensuite maquillé en suicide, mis en scène pour faire croire à un suicide.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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