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Pipe-line et oléoduc

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Discussions autour d’un pine-line au Canada. Il s’agit d’augmenter le trafic de celui qui joint l’Alberta à la Colombie-Britannique, à l’ouest du pays, pour faire partir du pétrole vers l’Asie. On peut remarquer que l’information entendue sur RFI utilise deux mots pour désigner le même dispositif qui achemine ces matières premières : on parle de pipe-line ou d’oléoduc et visiblement on fait référence à la même chose ! Il s’agit bien de ces gros conduits élaborés spécialement à cet usage, et qui peuvent traverser des régions entières.

Plusieurs mots pour désigner ces canaux : le pipeline d’abord, qu’on prononce à la française ou à l’anglaise (« païpe-laïne »). Le mot a été critiqué, justement pour son origine anglo-saxonne ; il est moins employé aujourd’hui même s’il existe encore, mais son usage est bien plus fréquent pour le pétrole que pour le gaz. Pour éviter ce mot, qu’on connaît en français depuis la fin du 19e siècle, on en a formé d’autres à partir de racines latines, qui semblaient mieux correspondre à notre langue : on parle d’oléoduc (on y retrouve la racine oléo- qui évoque l’huile, donc éventuellement le pétrole), ou de gazoduc. Les mots aqueduc ou viaduc ont bien sûr servi de modèles, tous s’organisant autour de la syllabe duc-, dérivée de ducere, qui signifie en latin mener, conduire.

Même si les constructions de ces dispositifs sont sophistiquées, la logique des structures est celle d’une plomberie : tuyaux, pression, robinets d’arrêt. On utilise donc presque au sens littéral des expressions, qui ont également un sens figuré. Quand on arrête l’envoi de gaz dans un gazoduc, ou du pétrole dans un oléoduc, on peut dire qu’on ferme le robinet : métaphore claire et mécanique qui évoque un simple geste de la main, comme celui qu’on peut faire dans une salle de bains. On la trouve aussi quand il s’agit de subventions ; un ministère, une ville peuvent donner de l’argent pour financer un projet ou une association, et l’argent arrive en général de façon régulière. La subvention peut être renouvelée tous les mois, tous les ans, mais si jamais, on l’interrompt, on dira facilement qu’on a fermé le robinet. Ce qui évoque cette idée que l’argent, qui arrivait automatiquement, par le tuyau prévu à cet effet, n’arrive plus. On ferme le robinet, ou parfois, on dit qu’on coupe le robinet. On condense les deux images : en fait, c’est l’approvisionnement qui est stoppé et le flux qui est coupé. Mais on a comme un transfert de verbe, qui en même temps donne cette idée de soudaineté. On coupe un robinet, comme on coupe les vivres : on sent bien l’influence de cette dernière expression qui fonctionne de la même façon. Couper les vivres à quelqu’un, c’est cesser d’un jour à l’autre de lui verser une pension. La formule n’est pas neutre : elle sous-entend presque toujours une mesure de rétorsion, une sanction. On l’entend souvent à propos de parents qui financent les études d’un enfant : si l’étudiant ne fait rien, s’il utilise l’aide parentale pour mener sa vie à sa guise sans se soucier des examens, on peut le menacer : on va lui couper les vivres ! Cette idée de représailles rejaillit donc indirectement sur la formule couper le robinet

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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