mots-actu_p.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Pas de vagues, c’est le nom du mot dièse, du hashtag proposé aux enseignants qui veulent témoigner des violences qu’ils subissent, menacés par leurs élèves. Des menaces qui bien souvent restent inconnues : on n’en parle pas, on n’en fait pas état. On veut en fait éviter le scandale ou en tout cas les remous qui pourraient se manifester si elles étaient rendues publiques. Et cette plateforme a pris pour titre cette phrase que bien souvent on chuchote, ou qu’en tout cas on prononce avec prudence, en établissant un genre de connivence avec celui à qui elle s’adresse : « Vous le savez comme moi ! Il vaut mieux ne pas ébruiter l’affaire ! Qu’on en parle le moins possible, on évitera les conséquences fâcheuses ! On fait le gros dos, on fait profil bas. Sinon, si on apprend que les professeurs sont menacés, et donc que certains élèves sont menaçants, qu’un climat de violence règne dans l’établissement, ce sera mauvais pour sa réputation. Et tout ne fera qu’empirer ! Donc on étouffe l’affaire ! » C’est bien ce que veut dire cette formule : « Pas de vagues ! » Et on voit bien là que la vague est couramment associée au trouble, à l’orage, à la tempête. Alors qu’au contraire, on pense qu’une mer d’huile évoque la tranquillité.

Mais le mot vague est étonnant : ce mouvement de la mer est utilisé, dans un langage figuré, avec des sens très différents.

Elle est souvent l’image d’un mouvement fort que rien ne peut arrêter. Mais cette image se combine avec une autre : la vague vient inonder la plage et on est donc dans l’imagination de quelque chose qui arrive, qui aborde. Ainsi le vocabulaire de la météo fait souvent surgir les vagues de chaleur ou les vagues de froid. Et la vague nourrit bien souvent une comparaison électorale qu’on trouve lorsqu’un scrutin a fait affluer dans les urnes des bulletins de même tendance : la très grande victoire d’un parti qui auparavant n’était pas si important est souvent figurée par une vague. Et on a bien l’idée d’un mouvement qui se prépare de loin, se gonfle, roule sur lui-même et arrive à son terme avec un élan qui le rend irrésistible, irrépressible. Rien ne lui résiste, et il s’impose partout ou presque !

Mais on peut se rappeler aussi le sens militaire. On pense aux vagues d’assaut : les lignes de soldats qui se jettent à l’assaut successivement. On a à l’esprit le déploiement des hommes, mais aussi leur succession régulière, une vague après l’autre.

Et c’est bien ce qui fait la particularité du mot : un mot singulier dont le sens évoque le pluriel : l’image de la vague fait naitre la notion du multiple : une vague d’attentats, c’est une série d’attentats.

Un adjectif vient renforcer cette image : vague déferlante, ou tout simplement déferlante. Cela désigne un type de vague particulier, très fort. Mais l’adjectif ne se souvient pas vraiment du sens concret et maritime du mot, il l’utilise simplement comme adjectif d’intensité : une déferlante, c’est bien plus encore qu’une vague, c’est une vague superlative.

Avertissement !

Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo CANOPE

Coproduction du réseau CANOPÉ.
www.reseau-canope.fr  

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias