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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Les choses se calment apparemment, à Mutsamudu, aux Comores, notamment dans la médina qui a été depuis quelques jours le théâtre d’une rébellion armée. Mais cette partie de la ville a été en proie à une crise forte. Quelle partie ? On précise que cela s’est passé dans la médina. Et ce mot, emprunté à l’arabe, s’emploie surtout pour des villes d’Afrique du Nord, parfois du Moyen-Orient. Mais on voit qu’aux Comores, on peut en parler aussi, alors que cet archipel, au large des côtes africaines, est situé bien plus au sud. Le mot se trouve donc associé à une architecture arabisante, le plus souvent parallèle d’une autre partie de la ville, plus coloniale. La médina, c’est donc la ville ancienne, et souvent un quartier populaire : un lacis de petites ruelles étroites où traditionnellement les Occidentaux n’habitaient pas pendant la période coloniale.

Ce mot de médina en appelle souvent deux autres : le souk et le bazar, autres mots d’origine étrangère. Le souk, comme la médina vient de l’arabe, et désigne un marché couvert, lui aussi organisé comme un dédale d’allées, où se côtoient les échoppes et les ateliers artisanaux. Le pittoresque pointe son nez, avec une certaine condescendance d’ailleurs. Racisme ? Le mot serait trop fort, car le sens figuré du mot souk est bien intégré au vocabulaire familier français aujourd’hui, et on en oublie presque son origine. Mais cette origine, elle est bien conditionnée par un passé de domination ! Car lorsqu’on parle d’un souk aujourd’hui, on entend un lieu ou une situation pleine de désordre, et d’un désordre qu’on réprouve, dont on se plaint ! Qu’est-ce que c’est que ce souk ! Et là, le sens du mot peut être tout à fait abstrait : on ne parle pas forcément d’un endroit encombré ou bruyant. Et c’est l’équivalent, en presque aussi familier, de « qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »

Et c’est là qu’on retrouve un troisième mot, d’origine persane, lui, mais le regard hautain, légèrement méprisant est à peu près le même : c’est le bazar. Le bazar, à l’origine, est souvent plus grand que le souk, se trouve plus à l’est, plutôt à Istanbul qu’à Alger. Et l’expression qu’est-ce que c’est que ce bazar peut tout à fait être comparée à qu’est-ce que c’est que ce souk ! Mais la vie du mot ne s’est pas arrêtée là : le bazar est un magasin fourre-tout, où l’on vend de tout un peu : on est entre la quincaillerie et le marchand de couleurs, même si, au célèbre Bazar de l’Hôtel de Ville à Paris, on vend aussi des meubles et des cheminées… On y achète donc des objets divers, et parfois on en vend : ce qui ne sert plus, ce dont on n’a plus besoin. Ce qui explique un mot imprévu : bazarder, c’est-à-dire se débarrasser de ce qui vous encombre. Et même parfois vendre à vil prix, au-dessous de ce qu’on aurait pu en tirer. Il en avait assez de sa vieille moto : il l’a bazardée ! C’est-à-dire qu’il l’a bradée !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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