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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Ivan Golounov disculpé ! Nouvelle étonnante et inattendue, puisqu’il est plus que rare que le pouvoir russe, ou tout au moins sa police, recule et admette une erreur. Ce journaliste avait été arrêté pour trafic de drogue, avec à l’appui une vidéo montrant un laboratoire. La police a reconnu que ces images n’avaient pas été prises chez lui. Et suite à la mobilisation d’une partie de l’opinion, et même d’une partie de la presse russe, le journaliste a été relâché : disculpé. C’est-à-dire qu’on reconnaît que les accusations portées contre lui étaient sans fondement. Disculpé est un synonyme proche d’innocenté : on reconnaît son innocence, après avoir déclaré qu’il était coupable. Le verbe disculper a d’ailleurs un caractère assez public, voire officiel. Mais si ce geste est officiel, le mot ne désigne pas un acte juridique précis : disculper n’est donc pas le symétrique exact d’inculper. Par rapport aux procédures françaises par exemple, l’inculpation n’existe plus aujourd’hui : les formes ont légèrement changé, et on appelle cela mise en examen. Mais il s’agissait d’une procédure qui était lancée. Et quand on abandonne les charges, on efface cette inculpation, mais on ne procède pas à une disculpation. Par ailleurs, ce changement de vocabulaire est bien représentatif, et correspond aussi à un renforcement de la présomption d’innocence, ou tout au moins du vocabulaire qui touche à cette présomption. En effet le mot inculpation est de la même origine que le mot coupable. Il y a donc de la culpabilité implicite si l’on utilise ce mot. La modification est représentative d’une volonté d’être politiquement correct : ne nous laissons pas trahir par notre langage.

Inculper, même si ce n’est plus opérationnel, appartient bien à la sphère du droit. Et ce n’est pas du tout le cas d’un autre verbe, formé différemment à partir de la même racine : culpabiliser. Il est bien plus récent et ressort de la psychologie. Culpabiliser quelqu’un ce n’est pas l’accuser, c’est plus insidieux… C’est lui donner un sentiment de culpabilité. Par ce qu’on lui dit, par ce qu’on lui reproche, ou même par ses actions, on fait en sorte qu’il se sente coupable, qu’il s’en veuille de quelque chose qu’il a fait. Là encore ce mot, qui apparaît en français dans l’après-guerre, est représentatif de l’irruption de la psychologie dans nos manières de penser. À tel point que parfois, par une extension d’usage, on utilise ce verbe dans un autre usage : je culpabilise veut dire je me sens coupable.

Et le mot culpabilité, dans la langue d’aujourd’hui a bien deux sens distincts : le fait d’être coupable au regard de la loi. Et le fait de se sentir coupable, d’avoir l’impression qu’on a mal agit, même si personne d’autre que vous-même ne vous le reproche.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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