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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le Pape, nous apprend-on, vient de défroquer deux évêques accusés de pédophilie au Chili. Et le sens de la phrase est très clair, et d’ailleurs repris dans le début de l’article don on vient de donner le titre : Le Pape François a exclu de l’Église catholique deux évêques émérites chiliens. Les défroquer, c’est donc les exclure. Mais on peut être un peu surpris de cette phrase et de cette construction inhabituelle : à l’ordinaire, le verbe défroquer ne s’emploie pas avec un complément direct : on ne défroque pas quelqu’un, ou bien rarement. Et pourtant, la phrase se comprend très bien, et elle a le mérite d’être transparente. D’ailleurs tout dépend des usages : on peut penser au verbe déguerpir, qui en français de France n’est pas utilisé avec un complément. En français d’Afrique, c’est courant : on déguerpit quelqu’un quand on le chasse, quand on l’expulse. Pour défroquer, c’est un peu la même chose.

Et si le verbe est compréhensible, c’est qu’on se souvient de ce qu’est un prêtre défroqué : c’est celui qui a abandonné la prêtrise, pour revenir à une vie laïque. Et le mot s’utilise pour un homme comme pour une femme. Un moine, un curé, comme une religieuse, une bonne sœur comme on dit parfois, peut décider d’abandonner cette vie. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’on abandonne ou qu’on renie sa religion. Mais appartenir à l’église demande bien des sacrifices et des dévouements. Et parfois, on revient sur ses engagements pour embrasser une vie différente. On a pris l’habit, ou on a pris le voile, pour un homme ou pour une femme. Et bien on l’enlève. Et si cela se fait de manière brusque, ou parfois un peu culpabilisée, on dit qu’on jette son froc aux orties. En tout cas on se défroque. On voit donc que si l’habit ne fait pas le moine, pour reprendre ce proverbe bien connu, et qui signifie qu’on ne correspond pas toujours aux apparences, aux airs que l’on se donne, sans habit, on n’est plus moine ! Ainsi parle-t-on d’un prêtre défroqué, pour celui qui a été prêtre, mais ne l’est plus.

Le froc est donc l’habit ecclésiastique ? Le mot est d’origine germanique et entre en français avec le simple sens de manteau. Mais bien vite, on l’a assimilé à l’habit des gens d’Église. Et on a construit les expressions « prendre le froc » ou « porter le froc » pour évoquer un prêtre. Mais le mot est surtout entendu dans ces expressions toutes faites. Il ne s’est jamais substitué à soutane par exemple.

Pourtant le mot continue sa carrière dans un français familier, ou argotique : le froc, comme le falzar, le grimpant, le futal, c’est le pantalon. Familier, mais courant, et qu’on trouve aussi dans une expression bien plus argotique encore, mais courante : baisser son froc, pour dire obéir, se soumettre.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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