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Couteau suisse

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Christophe Castaner, couteau suisse du gouvernement ? C’est en tout cas comme cela que la presse a qualifié ce proche d’Emmanuel Macron, qui a été délégué général de la République en marche, Secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement. On pense à lui pour le poste de ministre de l’Intérieur. Saurait-il donc tout faire ? Pourtant il est fréquent que les personnalités politiques enchaînent les responsabilités différentes. Mais on sait que le remaniement ministériel a été source de perplexité et de réflexion pour le président de la République et le Premier ministre. Chaque personnalité pressentie ou envisagée avait des qualités et des défauts. Il fallait donc trouver quelqu’un qui s’adapte le mieux possible à ce poste et à la situation actuelle. Un couteau suisse ?

Cette expression dans son sens figuré n’est pas si ancienne. En tout cas, elle est à la mode et très entendue depuis peu d’années. Surtout dans des médias critiques et ironiques par rapport aux pouvoirs en place, au départ. Puis de manière plus large ensuite, quand on a vu qu’elle avait pris, qu’elle devenait plus courante, qu’elle avait intégré les images un peu convenues des chroniques politiques.

Le couteau suisse est donc celui (ou celle, même si l’expression est au masculin) qu’on utilise dans une situation délicate, alors même que sa fonction précédente ne l’y prédispose pas. Mais on imagine qu’il va s’adapter, qu’il sait faire plusieurs choses. Et même qu’il sait faire preuve de souplesse pour trouver des solutions à de nombreux problèmes différents, sans rapport les uns avec les autres. Est-ce qu’il saura bricoler des réponses ? C’est un peu à cela qu’on pense qu’on imagine cet outil, le couteau suisse.

En fait l’expression s’appuie sur une réalité de l’équipement de l’armée suisse : depuis la fin du 19e siècle, il y a un couteau réglementaire, même s’il a un peu évolué, qui fait partie de la panoplie du soldat : un couteau aux nombreuses fonctions, un couteau multi-usage. Et ces couteaux permettent de déplier de nombreuses lames aux compétences différentes : petite lame, grande lame. Mais aussi un tire-bouchon, un ouvre-bouteille (et il y avait un ouvre-boîte dans les premiers), un poinçon, un tournevis, de petits ciseaux… De quoi se tirer d’affaire dans des situations nombreuses, si l’on est un peu adroit et imaginatif. En fait, c’est un outil à tout faire, mais qui n’a pas toujours de spécialité précise : le tire-bouchon sert plus à dénouer un nœud trop serré, le poinçon à déboucher un tuyau, le tournevis à lisser un petit pois de mastic. Et c’est bien ça le bricolage : sous-traiter des matériaux ou des instruments, et pervertir leur fonction avec astuce, pour leur donner un nouvel usage, imprévu au départ. Mais en même temps le couteau suisse donne l’idée d’un outil offrant plusieurs possibilités !

Et l’expression dans son usage figuré d’aujourd’hui, remplace un peu l’image du joker, qui elle-même a changé de sens, grâce à la culture des jeux télévisés : le joker n’est plus cette carte qui peut se substituer à toutes les autres : il évoque le droit de ne pas répondre, au moins une fois pendant le jeu, à une question trop difficile ou trop embarrassante. 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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