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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants nord-coréen et américain est-elle un coup ? C’est une question largement posée depuis hier dans de nombreux médias, et son sens est tout à fait clair : le coup dont il s’agit serait un coup médiatique. C’est-à-dire une entrevue sans réel contenu, sans enjeu, et surtout sans conséquence, organisée dans le seul but d’en faire parler. Pour prétendre, d’un côté comme de l’autre, qu’on avance, qu’on fait évoluer ce dossier explosif, qu’on se rapproche d’une solution et qu’on éloigne les risques de conflit. Les deux chefs ont en effet tout intérêt à montrer leur suractivité dans ce domaine, même si elle est tout à fait factice et inefficace.

Et c’est bien ça qu’on appelle un coup, de manière un peu familière, et dans une langue assez journalistique.

Mais ce mot porte essentiellement deux significations : d’abord celle du vide, de la vanité, on vient de le voir : un coup de ce genre n’a guère d’efficacité, il n’est pas suivi d’effet : une coquille vide, une enveloppe formelle, une bulle dont la seule justification est d’éclater au bon moment, avec ce petit bruit caractéristique, qui donnera un peu d’éclat aux deux chefs d’État en présence.

Mais souvent ce mot a une deuxième signification : un coup est une action unique ! Ce n’est pas le déclenchement d’une série, d’une action durable et continue. Il se produit une fois, et s’évapore sans laisser de trace. Et cette absence de suite est d’autant plus sensible que le coup aura fait de bruit.

On a souvent des exemples de ce genre de formule dans les politiques culturelles : si une ville décide de dépenser par presque intégralité de son budget culture pour organiser un concert de prestige, que se passe-t-il ? On en parle beaucoup quand il a lieu : effets d’annonces, retombées de presse. Beaucoup d’invités, un événement mondain, on s’adresse à un public un peu snob et facile à mobiliser. Et quand c’est fini, c’est fini ! C’est un coup. Qui peut s’opposer à une politique culturelle plus modeste, qui saupoudre ce même budget pour organiser quinze concerts avec des musiciens moins connus, parfois qui viennent de la région, et qui peut essayer de fidéliser un public, de s’adresser à ceux qui n’ont pas l’habitude de ces manifestations, qui sont un peu intimidés par la culture, mais qui reviendront l’année suivante s’ils ont été convaincus.

Pourtant il est facile de dénoncer des manières de faire ou de penser et d’incriminer un mot : ce terme de coup, dans toutes ces déclinaisons, est très souvent lié à une idée d’action ponctuelle : que ce soit un coup d’éclat, un coup de grâce, un coup de filet ou un coup d’envoi, la plupart du temps on a un impact unique, qui fait plus de bruit. Seuls ou presque, les coups de poing sont susceptibles de se multiplier.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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