France: «30 000 personnes séropositives» ne le savent pas
Entre 7000 et 8000 personnes seraient contaminées par le virus du sida chaque année en France.
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France: « 30 000 personnes séropositives » ne le savent pas

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, plusieurs rapports présentent des chiffres encourageants. Quinze millions de personnes pourraient bénéficier de traitement en 2015. Pour autant, le VIH est loin d’être éradiqué. Emmanuel Trénado, secrétaire de Coalition Plus-Coalition internationale sida, et directeur de l’association Aides, a répondu aux questions de RFI.
根据 Chantal Lorho -

RFI : La guerre continue et plus particulièrement dans certains pays comme en Haïti. Que pensez-vous de la situation là-bas ?

Emmanuel Trénado : C’est une situation d’un pays comme on en connaît en Afrique qui a le moins avancé en terme de mise en place de politique efficace de lutte contre le sida. Il y a globalement, et les chiffres d’Onusida publiés le montrent, des progrès. Mais ces progrès sont en général et il reste un certain nombre de pays où les progrès sont moins notables. Certains pays ont pris beaucoup de retard. J’étais la semaine dernière avec un collègue de Kinshasa. La RDC fait partie des pays les plus touchés par l’épidémie du VIH-sida et qui engrangent le moins de succès aujourd’hui. Ce sont à la fois des problèmes structurels et une volonté politique de la part des gouvernements en place.

Aujourd’hui l’échec vient-il d’une mauvaise prévention ? Si on prend par exemple le cas de la France, on estime qu’il y a 7 à 8 000 nouvelles contaminations chaque année. Comment expliquez-vous ce chiffre ?

Nous sommes en France en situation d’épidémie contrôlée avec une augmentation des nouvelles infections parmi un seul groupe à risque. Dans notre jargon, on parle de « HSH », des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes. C’est le seul groupe où il y a un maintien des nouvelles infections, voire une légère augmentation.

La généralisation des autotests serait-elle la solution pour faire baisser le nombre de contaminations ou est-ce plus compliqué que cela ?

On le sait depuis quelques années… Nous avons de bons résultats scientifiques qui nous permettent d’envisager un monde sans sida avec les outils aujourd’hui disponibles. La France a pris du retard. Par exemple, la mise à disposition des autotests devait se faire en décembre, mais ne se fera pas ce mois-ci et peut-être pas l’année prochaine, à cause d’un certain nombre de retards administratifs. Puis, il y a en terme de nouvelles stratégies de prévention, ce que l’on appelle la prévention combinée, c’est-à-dire multiplier les multi préventions disponibles auprès des publics les plus concernés. La France a aussi pris du retard dans la mise à disposition des traitements préventifs, comme le Truvada.

Y a-t-il des exemples concrets de réussite dont on pourrait s’inspirer dans la lutte contre le sida ?

Tout dépend de quoi on parle. Si on parle de prise en charge des personnes atteintes, la France, l’Angleterre, l’Australie sont des pays qui prennent bien en charge les personnes qui sont dépistées séropositives. En revanche, en France comme dans bon nombre de pays riches, il y a une difficulté à dépister les personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique. En France, on estime à 30 000 personnes séropositives qui ne connaissent pas leur statut sérologique. Les politiques de dépistage en France n’ont pas permis de donner envie à ces 30 000 personnes d’aller se faire dépister.

On parle beaucoup des réseaux sociaux. Est-ce qu’ils sont utiles aujourd’hui dans la lutte contre le sida ?

Oui, c’est un moyen de discuter, d’échanger et d’encourager les personnes pour se faire dépister. S’il y a un message aujourd’hui qu’on pourrait donner au public français, c’est : « si vous ne vous êtes jamais fait dépister pour le VIH-sida, faites-le, au moins une fois dans votre vie. »

Ces messages sont déjà diffusés ou devraient-ils être diffusés ?

Ils devraient être amplifiés. Le plan anti-VIH de la Direction générale de la santé, avait prévu qu’il fallait absolument augmenter les propositions de dépistage à toute personne qui a accès au système de soins. Et on voit, c’est ce qu’a publié le bulletin hebdomadaire d’épidémiologie de l’Institut de veille sanitaire, que le dépistage en France n’a pas augmenté de manière conséquente depuis 2011. Donc c’est une forme d’échec du plan dépistage.

Pour le directeur de l’Onusida, Michel Sidibé, en finir avec l’épidémie de sida est possible en 2030 si on s’en donne les moyens. Êtes-vous d’accord avec cela ?

Oui. On a tous les outils maintenant, des traitements efficaces qui, lorsqu’ils sont pris, empêchent une personne infectée de transmettre les virus. C’est une grande découverte du début des années 2010. Une personne séropositive en traitement efficace ne transmet plus le VIH. Et les nouveaux outils de prévention permettent aux personnes séronégatives de se protéger du VIH autrement que par l’utilisation du préservatif. Ils multiplient les options. Donc on a les outils. Maintenant pour les mettre à disposition des pays, des populations, il faut revoir les politiques de santé et se donner les moyens de le faire. Donc notre cri d’appel, c’est de dire « le sida on peut en finir, mais maintenant il faut que ce soit un combat politique. » On pose la question de savoir s’il y a une réelle volonté politique d’en finir avec le sida.

发布时间 22/10/2015 - 更改时间 13/12/2018

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