Le Palais de l'Élysée en 2000.
Le Palais de l'Élysée en 2000.
Pool Bassignac/Buu/Gamma-Rapho/Getty
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Intrigues et petites histoires des élections présidentielles de la Ve République

La Ve République connaîtra en 2017 sa onzième élection présidentielle. En près de 60 ans de vie politique, les courses à l’Élysée ont été émaillées de défaites surprises et de victoires serrées, de rebondissements inattendus, comme de véritables retournements de situation. Petite fresque de ce feuilleton dont une nouvelle page s’écrit cette année.
Par Fabien Leboucq -

1958 – La naissance de la Ve République – De Gaulle (78,51% au premier tour)

En 1958, l’Algérie est française mais n’entend pas le rester : les indépendantistes se battent depuis quatre ans. À Paris, la IVe République, née dans les cendres de la Seconde Guerre mondiale, chancelle. C’est au général de Gaulle, chef de la Résistance et exilé en Angleterre pendant le conflit, que l’on fait appel pour restaurer la stabilité.

Lui qui s’était tenu à l’écart de la IVe République, critiquant son parlementarisme, fait un retour triomphant. Pendant l’été, Michel Debré, fidèle du Général, rédige avec une équipe de juristes une Constitution, validée à la hâte par des parlementaires et le gouvernement. Le 4 septembre 1958, elle est approuvée à près de 80% par référendum : la Ve République est née. Via un suffrage indirect où votent plus de 80 000 élus, le général de Gaulle obtient sensiblement le même score. Il devient le premier président d’une toute jeune République.

1965 – Tou(te)s aux urnes ! – De Gaulle (55,20%)

« J’ai sept ans, laissez-moi grandir », demande la jeune Marianne, égérie de la République française, sur les affiches de campagne de Charles de Gaulle. Sur le dessin, on devine, tendu vers l’enfant, le bras du Général , déjà septuagénaire.

Changement de taille par rapport à la dernière présidentielle : le suffrage universel direct. Pour la première fois depuis plus d’un siècle, tous les citoyens sont conviés aux urnes pour choisir leur président – et pour la première fois de l’histoire française, les femmes sont également invitées à se prononcer.

C’est peut-être ce mode de suffrage, en plus de son refus de faire campagne, qui contribue, à la surprise générale, à mettre le général de Gaulle en ballotage. Au second tour, il affronte François Mitterrand. De vingt ans le cadet du président, cet opposant de la première heure s’est montré à la télévision : celle-ci équipe 40% des foyers en 1965, et fait une entrée fracassante dans la course à l’Élysée. Au départ Charles de Gaulle rechigne à l’utiliser. Conscient de la baisse des intentions de vote en sa faveur pendant la fin de campagne, il décide finalement de se plier à l’exercice. Il livre de lui l’image méconnue d’un dirigeant bonhomme et affable.

 

1969 – Un grand absent et des rivaux (Pompidou, 58,21%)

Mis à mal par les révoltes étudiantes de mai 1968 et les grèves qui s’en suivent, le générl de Gaulle ne reconnaît plus la France. Il quitte ses fonctions un an plus tard, après l’échec d’un référendum portant sur une réforme administrative. Le président du Sénat, Alain Poher, le remplace par intérim, le temps d’organiser un scrutin. Il compte garder le siège et se présente à l’élection présidentielle en tant que candidat de l’aile libérale de la droite. Celle-ci se déchire entre lui et Georges Pompidou, ancien Premier ministre de Charles De Gaulle.

Pour la gauche, Poher ou Pompidou, c’est « bonnet blanc et blanc bonnet ». Cette formule, alors remise au goût du jour par le candidat communiste Jacques Duclos, sert à qualifier l’alternative offerte aux Français au second tour. En effet, la gauche est divisée entre quatre candidats, et aucun ne se qualifie, même si le parti communiste obtient plus de 20%.

Gaston Defferre, maire de Marseille et candidat socialiste, atteint à peine plus de 5%, c’est cinq fois plus de voix que le jeune inconnu de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Alain Krivine. Cet ancien meneur de Mai-68 effectue son service militaire quand il apprend qu’il est candidat : ses camarades l’ont porté volontaire sans le consulter.

Poher/Pompidou, bonnet blanc/blanc bonnet
DR

1974 – Un enterrement et une victoire serrée (Giscard d’Estaing, 50,81%)

Georges Pompidou n’a pas achevé cinq ans à l’Élysée lorsque la maladie l’emporte. Douze candidats se lancent alors dans la course à la présidence. Deux nouvelles tendances font leur apparition sur la grille de départ : l’extrême droite, avec Jean-Marie Le Pen (qui obtient 0,75%), et l’écologie, avec René Dumont (1,32%). Jacques Chaban-Delmas, gaulliste historique et figure de la IVe République est balayé au premier tour par un jeune candidat qui obtient le double de son score, le ministre de l’Économie, Valéry Giscard d’Estaing. Si la droite est divisée, la gauche, quand à elle, est en ordre de bataille : socialistes et communistes s’unissent une nouvelle fois derrière François Mitterrand.

La télévision prend définitivement une place centrale en 1974 : quand vient le second tour, un débat est organisé entre François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing. De cette confrontation on retient le fameux « Monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur. » Cette apostrophe, et la très grande télégénie de Giscard d’Estaing lui valent d’être élu d’une courte tête – l’écart de 400 000 voix au second tour est à ce jour le plus serré de l’histoire de la Ve République. Autre record : à seulement 48 ans, Valéry Giscard d’Estaing devient le plus jeune président de la Ve République, .

1981 – La Ve République penche à gauche (Mitterrand, 51,76%)

Pour éviter les candidatures en surnombre, le Conseil constitutionnel demande depuis 1976 que chaque candidat obtienne 500 signatures, mais ils sont tout de même 10 à prendre part au scrutin. Le Parti communiste dépasse péniblement les 15% au premier tour. Il est dépassé par Jacques Chirac, qui candidate à la première d’une série de quatre élections présidentielles consécutives.

Pour François Mitterrand, la troisième sera la bonne. Pour la première fois, le socialiste part en campagne sans les communistes. On retiendra de sa campagne son affiche, « La Force tranquille », bien plus percutante et moderne que celles des campagnes de 1965 et 1974. François Mitterrand a soigné son image, et prend même le dessus lors du débat du second tour, le deuxième contre Valéry Giscard d’Estaing.  « Je ne suis pas votre élève, lui rétorque le socialiste. Vous n’êtes pas le Président de la République, ici, vous êtes mon contradicteur. » La Ve République passe à gauche, et connaît sa première alternance.

1988 – « Vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre » (Mitterrand, 54,02%)

Deux ans avant le scrutin, l’Assemblée nationale passe à droite. Jacques Chirac devient premier ministre sous un président de gauche : c’est la première cohabitation. Au fil du temps, les deux hommes apprennent à se répartir les tâches. Au chef du gouvernement les sujets de politique nationale, et à François Mitterrand la responsabilité des affaires étrangères et des questions de défense. Le président ne va pas se priver de rappeler au premier ministre son statut dans un échange resté mythique.

Après une réélection facile contre Jacques Chirac, le président socialiste dissout l’Assemblée, pour obtenir une majorité de gauche, et le premier ministre qui va avec. L’élection présidentielle de 1988 consacre le recul du Parti communiste, qui n’est plus que la cinquième force politique française, avec un peu plus de 6% des votes. Il est devancé par le Front national de Jean-Marie Le Pen, qui réalise quant à lui une véritable percée en frôlant les 15%, juste derrière les centristes de l’UDF représentés par Raymond Barre.

1995 – Discorde et pomme de la victoire (Jacques Chirac, 52,64%)

Comme cela avait été le cas lors de la précédente mandature, le septennat se termine sur deux ans de cohabitation après une victoire de la droite aux législatives. Cette fois c’est Édouard Balladur qui occupe Matignon – Jacques Chirac préfèrant préparer sa campagne présidentielle et garder son rôle d’opposant.

Jacques Chirac et Édouard Balladur se livrent une guerre ouverte au premier tour. Leur parti, le RPR (Rassemblement pour la République), se déchire. Balladur est donné favori, mais c’est Chirac qui s’impose, avec deux points d’avance au premier tour. Pour certains, il bénéficie là de l’image de sympathie qu’il a réussi à cultiver, entre le choix de son logo de campagne – un pommier – et l’humour de sa marionnette dans Les Guignols de l’info. Les créateurs de l’émission satirique de Canal+ inventent d’ailleurs au candidat de droite un slogan officieux : « Mangez des pommes ! »

Au deuxième tour, Jacques Chirac affronte Lionel Jospin. Le candidat PS sert de doublure au champion pressenti des socialistes, Jacques Delors qui renonce à se présenter trois mois avant le scrutin. Lionel Jospin dispose toutefois d’une légitimité : il est élu à la première primaire du parti socialiste.

2002 – La surprise de l’extrême droite (Jacques Chirac, 82,21%)

Deux ans après son élection, en réaction à un profond mouvement social qui secoue le pays, Jacques Chirac dissout l’Assemblée : il veut resserrer les rangs de la majorité autour du premier ministre Alain Juppé. La victoire inattendue de la gauche aux législatives de 1997 ouvre les portes de Matignon à Lionel Jospin. Ainsi débute la troisième – et la plus longue - cohabitation de la Ve République.

Le poste de premier ministre ne va pas servir le candidat socialiste aux élections de 2002. D’autant qu’au premier tour, pas moins de 16 candidats sont en compétition. La dilution des voix de la gauche, et la campagne très austère de Lionel Jospin – il est le dernier à se déclarer candidat, et le fait par fax auprès de l’AFP – lui coûtent sa place au second tour. Le candidat d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen, ancien de la guerre d’Algérie, le devance de 200 000 voix. Lionel Jospin quitte la scène publique sur ces mots : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec (…) en me retirant de la vie politique. »

Stupeur, donc, en ce 21 avril 2002 : peu d’instituts de sondages avaient évoqué la possibilité d’un Front National à près de 17%. Pour la première fois, l’extrême-droite accède au second tour. Jacques Chirac refuse le traditionnel débat d’entre-deux tours avec Jean-Marie Le Pen, mais est facilement réélu grâce à un puissant vote anti-FN.

Une manifestation contre Jean-Marie Le Pen à Paris le 1 mai 2002.
Une manifestation contre Jean-Marie Le Pen à Paris le 1 mai 2002. | Laurent Van Der Stockt/Gamma-Rapho/Getty

 

2007 – Pour la première fois, une femme au second tour (Nicolas Sarkozy, 53,1%)

Place aux « jeunes » en 2007. Comme en 1974, les deux candidats qui accèdent au second tour, Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (PS) n’ont jamais été ni président, ni premier ministre. Le traumatisme du 21 avril a suscité une mobilisation, et le FN ne dépasse pas les 10% au premier tour. Il est devancé par le centriste François Bayrou, qui obtient 18,6%, trois fois mieux qu’à la précédente élection présidentielle.

Ségolène Royal est donc la première femme à accéder au second tour d’un scrutin présidentiel en France. Mais sa campagne est entachée de petits ratés, entre la « bravitude » (sic) des Chinois, et son porte-parole Arnaud Montebourg qui lâche sur le plateau du Grand Journal (Canal+) que son seul défaut est « son compagnon » (à savoir… François Hollande). La candidate souffre d’un manque de légitimité au sein du parti, et le cadre du PS Eric Besson va même jusqu’à la lâcher pour rallier Nicolas Sarkozy, qui mène campagne tambour battant. La large victoire du candidat de la droite a toutefois un goût amer : pendant la campagne sa femme, Cécilia Sarkozy, s’éloigne de lui, et elle le quitte peu après son entrée à l’Élysée.

2012 – Retour à gauche

La dernière élection présidentielle française voit le retour de la gauche au pouvoir. François Hollande déclare très tôt ses intentions, un an avant le scrutin. C’est un alignement des planètes favorable qui lui laisse le champ libre : Dominique Strauss-Kahn, très populaire auprès des médias et d’une partie de l’opinion est arrêté à New-York en 2011. Le ténor du parti socialiste et directeur du Fonds monétaire international est soupçonné de viol sur une femme de ménage de l’hôtel Sofitel, et il est contraint de renoncer à se présenter.

François Hollande en profite. Il soigne son image, perd 15 kilos pendant l’été, et profite de ses années à la tête du Parti socialiste pour s’assurer le succès à la primaire socialiste. Contre le candidat « bling bling » Nicolas Sarkozy, qui explose le plafond des dépenses de campagnes de plusieurs millions d’euros, François Hollande revendique l’image d’un président « normal ». Il déclare, le temps d’un discours, le 22 janvier 2012 au Bourget, la guerre au monde de la finance. Il se distingue ainsi de Nicolas Sarkozy et de ses amitiés affichées avec les patrons du CAC 40.

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DR

 

À lire :

  • « Parties de campagne », Gérard Courtois (journaliste au Monde), Éditions Perrin (21,90 euros)
  • « Présidentielles 1965-2012 : Secrets de campagnes », numéro double collector de L’Express daté du 21 décembre 2016 (4,50 euros)

发布时间 18/04/2017 - 更改时间 24/04/2017

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