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Débarquement de Normandie: « On ne se prenait pas pour des héros »

«Ce qui m’obsédait, c’était de trouver des gars assez en forme pour être ramenés au bateau», se rappelle Robert Fischman.
« Ce qui m’obsédait, c’était de trouver des gars assez en forme pour être ramenés au bateau », se rappelle Robert Fischman.
© Anne Corpet / RFI
Il y a tout juste 75 ans commençait le « jour le plus long », le Débarquement des Alliés sur les côtes de Normandie pour libérer la France de l’occupation nazie. Soixante-treize mille soldats américains ont participé à cette opération militaire, la plus importante de l’histoire récente. Quelques-uns sont toujours en vie. Notre correspondante aux États-Unis a rencontré trois de ces vétérans.

De notre correspondante à Washington,

Ils ont entre 92 et 101 ans. Mais tous trois se souviennent parfaitement du jour du Débarquement. Robert Fischman s’est engagé dès janvier 1942 et était à bord de l’USS Texas le 6 juin 1944 au large d’Omaha Beach. Une image reste gravée dans sa mémoire : les milliers de corps morts, flottant dans la mer. « Tous Américains, certains étaient des frères pour moi, cela me rendait fou », lâche-t-il.

Robert Fishman, 22 ans à l’époque, s’est illustré en ramenant des blessés jusqu’à son bateau à bord duquel des chirurgiens opéraient à la hâte. « J’ai récupéré 35 rangers blessés qui avaient tenté de grimper sur la falaise avec une corde. Mais on leur tirait dessus. Ce qui m’obsédait, c’était de trouver des gars assez en forme pour être ramenés au bateau. Ils gisaient partout sur la plage. Et je devais les secouer un peu pour savoir s’ils étaient en vie », raconte-t-il.

Robert dit qu’il n’avait pas le temps d’avoir peur, et qu’il ne savait pas pourquoi il se battait. « Je me fichais complètement des raisons de la guerre. Je savais qu’on nous tirait dessus, donc je ripostais. On ne prenait pas le temps de se poser des questions, on obéissait aux ordres. On ne se prenait pas pour des héros. »

À ses côtés, son épouse Antoinette le couve du regard. « Ces images de corps morts flottant dans la mer le hantent encore aujourd’hui, assure-t-elle, mais il se souvient aussi des noms des 35 gars qu’il a sauvés. » Dans un éclat de rire, Robert ajoute : « Je me souviens également de l’accueil des Français. Ils étaient reconnaissants. Je suis content d’avoir participé au Débarquement ».

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Donald Keller, 97 ans, conserve aussi le souvenir intact de ce 6 juin 1944. « La mer était très agitée pendant la traversée depuis l’Angleterre », se remémore-t-il. « Il y avait ces échelles de corde qui descendaient le long des bateaux, par lesquelles ont devait descendre, et il fallait attendre que la vague soit à son plus haut sous le bateau pour sauter dans l’eau. Certains ont sauté trop tôt, de trop haut et se sont brisé les jambes… »

Donald était chargé des transmissions et évoque le lourd barda qu’il a dû emmener à la nage jusqu’à la plage. Lui non plus n’a pas eu peur sur le moment. « C’est après que l’on réalise ce qui est arrivé, lâche-t-il. Sur le moment, on ne pense qu’à ce que l’on doit faire pour rester en vie. »

À deux reprises, Donald a été blessé : lors de la bataille de Saint-Lô, et plus tard, dans les Ardennes. D’un doigt, il désigne un petit point noir, situé juste sous sa lèvre inférieure. « C’est un petit éclat d’obus, sourit-il, mes amis me disent toujours qu’il faut que je l’enlève, mais je ne veux pas, c’est un souvenir. »

Une jeep de l’armée américaine est stationnée devant l’ambassade de France de Washington, qui organise en ce début du mois de mai une cérémonie en l’honneur des vétérans du D-Day. Sans hésiter, Donald grimpe derrière le volant, coiffe un casque et se perd un instant dans ses souvenirs… « À bord du même véhicule, j’en ai fait des kilomètres à travers la campagne de votre pays ! »

Floyd Wigfield est l’un des doyens des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. À 101 ans, il marche d’un pas fragile mais a le regard vif derrière ses grandes lunettes carrées. Il été invité par le président américain à l’accompagner pour les commémorations du Débarquement sur les plages de Normandie. « Je vais voyager à bord d’Air Force One, se réjouit le vieil homme. Je vais revoir les plages, les blockhaus, mais cette fois-ci personne ne me tirera dessus. »

« Mes enfants en sont fiers »

Floyd avait 26 ans le jour du Débarquement, et il était engagé dans la quatrième division d’infanterie. « On m’avait donné un nouveau fusil la veille. Je l’avais dans une main, et dans l’autre, un bâton de dynamite de plus d’un mètre de long que je devais garder hors de l’eau. Je suis arrivé sur Utah Beach à 9 heures du matin. Ma première impression n’a pas été très bonne : cette plage n’était pas très accueillante. »

Quand on lui demande s’il a eu peur, aucune hésitation : « Bien sûr ! C’était terrifiant ! Tout le monde avait peur ! » Mais, contrairement à beaucoup de ses camarades, Floyd savait pourquoi il se battait : « Je savais qui était Adolf Hitler, je savais ce qu’il avait fait. Je ne voulais pas de lui dans ce pays. Et je ne voulais pas être fait prisonnier par les Allemands. J’aurais préféré mourir ». Dans un grand sourire, il conclut :« Je suis heureux d’avoir participé au Débarquement et mes enfants en sont fiers. Mais ma fille est furieuse que je retourne en Normandie. Elle estime que ce n’est plus de mon âge ».

Robert Fischman, Donald Keller et Floyd Wigfield ont tous trois été décorés de la Légion d’honneur début mai à l’ambassade de France de Washington. « Même 75 ans après les faits, cela fait plaisir. C’est un grand honneur », lâche Floyd, avant de désigner la médaille, tout neuve, qui brille sur la poitrine de son uniforme déjà surchargé de décorations.

发布时间 06/06/2019 - 更改时间 06/06/2019 - 按作者Anne Corpet

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