Joseph Stiglitz sur RFI: Tsipras «répond à la moitié des exigences»
Joseph Stiglitz, dans le studio de RFI, le 10 juillet 2015.
R. Riffonneau/RFI
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Joseph Stiglitz sur RFI: Tsipras « répond à la moitié des exigences »

Joseph Stiglitz, qui participait à la Conférence scientifique internationale sur le changement climatique organisée à l'Unesco à Paris, était l'invité spécial de RFI. Interrogé par Dominique Baillard, il est revenu sur la COP21, mais aussi sur la crise grecque qui, selon lui, pourrait entrer prochainement dans une phase de dénouement. 
根据 Dominique Baillard -

RFI : Pensez-vous que les États présents à la COP 21, en décembre prochain, parviendront à un accord concret ?

Joseph Stiglitz : Il y aura un accord global. La question, c’est quel sera son contenu. Je pense qu’il faut voir cet accord comme une partie intégrante d’un processus. On est à l’ère de la mondialisation, de la gouvernance globale, mais sans gouvernement global. Donc c’est très lent. Et il y a plein de différents acteurs. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un consensus croissant sur l’importance du changement climatique, en témoigne la déclaration récente du pape ou les actions de nombreux Etats, dont certains États des États-Unis. Tous vont dans une direction reconnaissant l’importance du changement climatique et la nécessité de faire quelque chose. Je vois Paris comme un marqueur important sur ce chemin. Mais on est encore loin de la dernière étape.

Certains pensent que la réduction des gaz à effet de serre pourrait avoir un effet négatif sur la croissance. Quelle est votre opinion ?

Je pense que c’est totalement faux. Je pense qu’actuellement, le vrai problème dans l’économie, c’est le manque de demande agrégée, de demande globale. Si on parvient à un accord, la demande pour reconfigurer l’économie à travers le canal de l’investissement serait énorme. Et donc un accord global pour la réduction des émissions pourrait être le plus important stimulus pour l’économie mondiale. Et pour sortir du malaise dans lequel nous nous trouvons depuis 2008.

La Chine est en train de vivre un krach boursier, sa croissance décline. Quels pourraient être les effets d’une crise économique en Chine sur les engagements du gouvernement chinois à réduire les émissions de gaz ?

Je pense que la Chine pourrait aussi tirer parti de cette nouvelle opportunité de transformer leur économie en allant vers des émissions plus faibles, une économie moins « carbonée ». Il y a un ralentissement de l’économie chinoise. Cela sera bientôt exacerbé par l’affaiblissement de la Bourse qui à son tour affectera la demande. Ils ont un problème avec la restructuration de leur demande.

Avant 2008, ils ont eu une économie basée sur l’exportation. C’était la source de la demande. Ils ont ensuite essayé de trouver de nouvelles sources de demande, avec des chantiers en masse. Ils ont fait de bonnes choses et d’autres qui étaient probablement mauvaises. Mais ce qui fait sens d’un point de vue économique, écologique, politique, c’est l’investissement pour adapter leur économie pour avoir un meilleur environnement. Tous les gens qui visitent la Chine savent que l’un de leurs problèmes majeurs est le niveau élevé de pollution. Et c’est en train de devenir non seulement une question économique, sociale, sanitaire, mais également un problème politique parce les citoyens disent : « notre gouvernement ne nous protège pas ».

Concernant la Grèce, vous avez bien souvent critiqué les politiques d’austérité imposées au pays. Le Premier ministre Alexis Tsipras vient d’annoncer de nouvelles mesures d’austérité, pour obtenir en échange de rester dans la zone euro. Que pensez-vous de ses choix ?

Je n’ai pas vu les détails de sa proposition, mais je comprends qu’il répond à plus de la moitié des exigences des créanciers. Et ce serait un outrage si à ce stade, l’Allemagne et les créanciers refusaient ses propositions. Je crois qu’il se concentre sur des mesures qui pour certaines font sens et seront bénéfiques sur le long terme pour le pays.

Il est clair que d’ici un ou deux ans, l’importance de l’austérité ne va pas empirer au-delà de ce qu’ils ont demandé précédemment. Je m’explique : l’accord précédent disait que d’ici 2018, la Grèce devait avoir un excédent primaire de 3,5%, c'est-à-dire que les revenus devaient dépasser les dépenses de 3,5% en excluant le paiement des intérêts de la dette. C’était déraisonnable, pas un seul gouvernement ne pouvait, en son âme et conscience, signer un accord pareil. Pour moi, ses propositions veulent dire : laissons tomber 2018 et ces mesures auxquelles aucun gouvernement avec une conscience ne peut adhérer. Parlons plutôt de 2015, 2016 où nous pouvons accepter un degré raisonnable d’austérité, avec un excédent primaire de 1%. Et en ce sens, c’est quelque chose qui ne va pas propulser le pays dans l'espèce de spirale de la mort qui lui était demandée et en même temps il répond à plus de la moitié des exigences des créanciers.

Ce week-end a lieu un nouveau sommet européen consacré à la Grèce. Qu’espérez-vous pour le pays et pour l’Europe ?

J’espère qu’ils accepteront ces propositions. J’espère que c’est le début d’un nouveau processus démocratique, ouvert et transparent, où il n’y aura pas de négociations derrière des portes closes, en essayant de cacher les faits. Le FMI a publié une étude qui révèle qu’une restructuration de la dette est nécessaire et pourtant les États européens ont tenté de garder cette analyse technique secrète. C’était déraisonnable. Donc j’espère que nous allons maintenant vers un système démocratique plus transparent où il sera dit « voilà les faits, ils ne nous plaisent pas vraiment, et nous aimerions ne pas en être, mais nous devons faire face à cette réalité ». Et en ce qui concerne les réformes structurelles, ces réformes affectent la vie des gens et dans une société démocratique vous devez en parler ouvertement.

Vous espérez, mais est-ce que vous y croyez ?

Oui. Et j’espère qu’eux aussi. On dit souvent que la bonne décision est prise une fois seulement que toutes les autres ont échoué. Nous sommes arrivés au moment où le projet européen, la zone euro sont mis à l’épreuve, et ceux qui croient au système démocratique doivent croire que les bonnes décisions seront prises.

发布时间 10/12/2015 - 更改时间 27/09/2018

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