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Expurger

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le rapport Mueller expurgé ! C’est ce qu’on apprend aujourd’hui ! En effet il semble bien que ce rapport ne sera pas publié dans son intégralité ? Pourquoi ? Difficile à dire. Il innocente Trump d’une collusion avec la Russie, mais pourrait mettre en évidence des tentatives d’étouffer l’affaire. Et si on l’expurge, c’est qu’on enlève des passages délicats : on le censure donc, on le caviarde. Et on peut même utiliser ce dernier mot un peu familier, qui fait référence à la censure du début du 20e siècle : on caviardait les journaux quand on noircissait les articles qui déplaisaient à l’autorité. Les textes n’étaient pas purement supprimés, et l’espace qu’ils occupaient était encore visible sur la page. Simplement, on les noircissait pour les rendre illisibles, ce qui montrait bien l’espace qu’ils avaient occupé, même si on ne pouvait plus en prendre connaissance. C’était donc comme si on les recouvrait de caviar, de noir. Et ce dernier mot s’explique d’autant plus que cette pratique a d’abord concerné la censure russe.

Expurgé a donc un peu le même sens, mais pas tout à fait les mêmes emplois. La plupart du temps le mot s’emploie à propos d’une censure pudique. On parle de version expurgée quand on a retiré les passages trop lestes, les contenus érotiques, notamment pour des ouvrages qu’on fait lire à des enfants. Mais l’usage du mot, on le voit, a pu s’étendre. 

Dans le même esprit, on parle des livres ad usum delphini, c’est-à-dire à l’usage du Dauphin. Le Dauphin dont il s’agit est Louis, fils de Louis XIV, un temps héritier présomptif de son père, qui devait donc logiquement accéder au trône de France. Ça n’a pas été le cas puisqu’il est mort trop jeune, avant son père, et que le successeur de Louis XIV a en fait été son arrière-petit-fils. Mais le Dauphin Louis avait d’abord été élevé comme un futur roi de France, par les précepteurs qui convenaient. Ce sont donc des personnes érudites, le Duc de Montausier et Bossuet lui-même qui se chargèrent d’alléger ou de modifier un certain nombre de textes qu’on mettait sous les yeux du Prince. Des éditions faites donc à l’usage du Dauphin. Et cette expression, encore en latin, est en usage de nos jours – plus beaucoup d’ailleurs, mais on peut l’entendre ou la lire – pour renvoyer à des ouvrages, ou des textes, ou même des peintures censurés. 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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