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Chauffe Marcel

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Marcel Azzola est mort. À 91 ans il a une belle vie de musicien. Et c’était un excellent accordéoniste, qui a fait une carrière sous son nom et a accompagné pas mal de vedettes de la chanson. Alors, pourquoi en faire état dans une chronique de langue ? Parce qu’on dit qu’il a été à l’origine d’une expression populaire et pittoresque « Chauffe Marcel ! » L’histoire est attestée : Azzola faisait partie de l’orchestre de Jacques Brel et dans cette chanson célèbre à l’époque, Vesoul, on entend un long solo d’accordéon. Et Brel avait l’habitude de se retourner vers son accordéoniste pour l’encourager : « Chauffe, chauffe Marcel ! », ce qu’on peut encore entendre sur un disque. Et c’est bien ce qui a popularisé cette expression, même si l’on sait qu’elle existait déjà auparavant dans l’argot des musiciens. Dans les musiques improvisées, dans le jazz en particulier, il arrive que pendant un solo, pendant un chorus comme on dit, les musiciens qui sont au repos quand ce n’est pas leur tour de jouer, ou même les auditeurs stimulent et enflamment celui qui est sur le devant de la scène : « Chauffe ! » Comme si l’on rajoutait du bois dans un brasier, comme si l’on galvanisait l’improvisateur, un peu comme on acclame un sportif.

Cette image se comprend, et la chaleur qui monte est souvent évoquée pour parler d’une ambiance collective. On dit ainsi qu’on chauffe une salle, quand on réveille les spectateurs, qu’on les fait participer au spectacle, qu’on les fait répondre à ceux qui sont sur scène : on parle même d’un chauffeur de scène pour celui qui s’y entend à faire monter la pression.

On voit bien que dans cette situation, le mot est positif. Alors que bien souvent, et là encore dans des usages familiers, il l’est beaucoup moins : la surexcitation n’a pas toujours les mêmes conséquences : « Il commence à me chauffer » est un peu l’équivalent de « Il commence à me courir sur le haricot ! ». C’est-à-dire qu’il m’agace et même plus : il m’excède, m’exaspère. Et on sous-entend bien souvent qu’au-delà d’une certaine mesure, on va réagir, on va répondre, on va sanctionner. Parfois la formule est même plus précise : « Il commence à me chauffer les oreilles, à me chauffer la couenne ! » Pourquoi la couenne ? Le mot désigne au départ la peau de porc qui entoure le jambon ou le lard. Par extension, en argot, il représente la peau, et tout spécialement la peau qu’on peut irriter, enflammer !

Et puis, utilisé sans complément, le verbe chauffer évoque une tension qui va s’augmentant, un conflit qui s’est déclaré : « Ca a chauffé entre Mimi et Jojo ! Et souvent d’ailleurs on utilise le verbe pour faire comprendre que la violence est sur le point d’éclater : « Ça va chauffer ! » Et cette violence n’est pas toujours mutuelle et fréquemment il s’agit d’un règlement de compte, ou d’une vive réprimande : « Si le chef apprend ça, ça va chauffer ! »

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