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Se poser sur Mars est toujours un exercice périlleux, seules sept missions sur quinze y sont parvenues. InSight tentera d’être la 8ème.
NASA/JPL
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«InSight»: une nouvelle mission pour entendre battre le cœur de Mars

Six mois et près de 143 millions de kilomètres après son lancement en mai 2018, la sonde de la Nasa « InSight » doit se poser à la surface de la planète rouge le lundi 26 novembre 2018. Six ans après l’atterrissage du robot « Curiosity », cette nouvelle mission a pour objectif de sonder l’intérieur de Mars.
Por Simon Rozé -

Se poser sur Mars est toujours un exercice périlleux, seules sept missions sur quinze y sont parvenues. InSight tentera d’être la huitième, mais pour y parvenir, cet atterrisseur de la Nasa aura fort à faire. C’est en effet la mission qui depuis son départ de la Terre file à la plus grande vitesse vers la planète rouge. Passer de 20 000 km/h à 0, c’est le tour de force qu’elle doit réussir pour se poser sans encombre. En cas de réussite, InSight pourrait cependant nous apporter des réponses cruciales sur l’histoire de notre voisine.

InSight embarque en effet avec elle trois instruments principaux, totalement inédits, puisqu’ils auront pour mission de réaliser de la planétologie in situ. Le but étant de comprendre pourquoi Mars est aujourd’hui une planète morte. « Il y a 4 milliards d’années, son volcanisme a disparu, les rivières se sont asséchées », explique Philippe Lognonné, de l’Institut physique du globe et responsable de SEIS (Seismic Experiment for Interior Structure, Expérience sismique pour structure intérieure), l’un des instruments embarqués. « Mars est alors devenue la planète hostile que l’on connaît aujourd’hui. » Pourquoi ? C’est la question à laquelle devra répondre InSight. Pour ce faire, l’atterrisseur va sonder l’intérieur de la planète, c’est une première.

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InSight va utiliser ses trois instruments pour sonder le cœur de Mars. | NASA/JPL-Caltech

Scruter l’intérieur de Mars

RISE (Rotation and Interior Structure Experiment, Expérience de rotation et de structure intérieure), développé par les États-Unis, va mesurer l’élasticité de la planète au gré de sa danse autour du Soleil. Par son attraction gravitationnelle, l’étoile déforme en effet Mars, et en mesurant ce phénomène très ténu, RISE peut obtenir des indices sur la composition du noyau de la planète rouge.

Sur Terre, ce noyau est fait de métal en fusion qui irradie sa chaleur vers la surface, créant ainsi les mouvements de convection responsables de la tectonique des plaques. Sur Mars, ce phénomène s’est arrêté, et les scientifiques aimerait savoir pourquoi. C’est cette fois un instrument allemand, HP 3, qui pourrait apporter des éléments de réponse. Il s’agit « tout simplement » d’un thermomètre qui sera utilisé pour prendre la température de l’intérieur de Mars. Il sera déployé à 5 mètres de profondeur après qu’une sorte de marteau piqueur spatial aura creusé le trou le plus profond jamais fait ailleurs que sur Terre. En prenant des données à cette profondeur, HP3 devrait ainsi nous renseigner sur les échanges thermiques qui ont lieu entre le noyau et la croute de la planète.

Le clou du spectacle est français. SEIS, le premier sismomètre interplanétaire, dont Philippe Lognonné est le concepteur. Comme son nom l’indique, il devra détecter et mesurer les tremblements de Mars. Ces informations devraient pouvoir nous aider à comprendre de quoi est fait l’intérieur de la planète. Les ondes sismiques nous ont en effet été très utiles pour découvrir l’intérieur de la Terre. Lorsqu’un séisme se produit à un endroit localisé, les ondes qu’il génère traversent le globe jusqu’aux détecteurs des géologues. En étudiant leurs parcours, le temps mis à traverser la Terre, etc. on peut ainsi en déduire la composition de la planète et les frontières entre les différentes couches. C’est de cette façon que l’on a compris comment la Terre était formée, et on espère reproduire cette méthode sur Mars.

Expliquer comment Mars s’est éteinte

Ces questions sont en effet importantes : on sait que Mars a été habitable dans un lointain passé. « InSight va regarder pourquoi elle ne l’est pas restée », explique Philippe Lognonné. « Cela va nous permettre de comprendre également pourquoi la Terre l’est restée », poursuit le géologue, qui a passé les dernières décennies à travailler sur le projet. InSight sera en effet la première mission de planétologie comparée, comprendre Mars pour mieux comprendre la Terre, en déterminant quelles sont les différences entre les corps pourtant voisins dans le système solaire.

« Les 7 minutes de terreur »

Pour cela, une condition est cependant à remplir : un atterrissage réussi. La dernière tentative, européenne, a été un échec. Le module Schiaparelli de l’ESA, l’Agence spatiale européenne, s’est écrasé à la surface en 2016. Il faut ainsi remonter à 2012, et le rover Curiosity de la Nasa pour assister à un succès. Pour imiter son aïeul, InSight va devoir traverser ce que les astrophysiciens appellent « Les 7 minutes de terreur ».

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Ces sept minutes sont le temps qu’il faut à la sonde pour pénétrer l’atmosphère martienne et toucher le sol sans encombre. La procédure est entièrement automatisée, les contrôleurs au sol n’ont donc aucune prise sur les événements. Pire, le contact entre InSight et la Terre est rompu pendant la descente, il n’y a aucun moyen de savoir ce qui se passe durant ce laps de temps. Ce n’est donc qu’en cas de succès que l’atterrisseur communiquera avec ses ingénieurs. Sinon, le silence sera la seule réponse venue de Mars.

 

En savoir plus :

- La mission de la Nasa Insight sur Mars (en anglais)

- Pourquoi la sonde insight ? (à écouter)

Publicado em 28/12/2018 - Modificado em 10/01/2019

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