Mikhail Gorbachev et Boris Eltsine, devant le Parlement, lors d'une réunion après le coup d'État manqué de 1991.
Mikhail Gorbachev et Boris Eltsine, devant le Parlement, lors d'une réunion après le coup d'État manqué de 1991.
Georges DeKeerle/Sygma via Getty Images
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Vingt-cinq ans après la chute de l’URSS, quelles ambitions pour la Russie ?

Il y a 25 ans, l’Union des républiques socialistes soviétiques, l’URSS, se disloquait, après 69 années d'existence. Le 8 décembre 1991, le président russe Boris Eltsine et ses homologues d'Ukraine, Léonid Kravtchouk, et de Biélorussie, Stanislav Chouchkevitch, signaient l'acte de décès de l'Union soviétique. Ce traité marquait la fin d’un ordre mondial fondé sur la rivalité entre deux grandes puissances : l’URSS et les États-Unis. Aujourd’hui, Vladimir Poutine cherche à bousculer l’ordre post-soviétique en tentant de rendre à son pays, héritier de l’Union soviétique, le statut de puissance avec laquelle il faut compter.
Por Anastasia Becchio -

Un quart de siècle après la fin de l’URSS, 56 % des Russes regrettent encore sa désintégration, selon un sondage du centre Levada, 43 % estimant y avoir perdu le sentiment et la fierté d’appartenir à une grande puissance. Toutefois, seuls 12 % des personnes interrogées soutiennent le retour de l’URSS sous son ancienne forme.

Ce sentiment trouve un écho dans les déclarations successives de Vladimir Poutine sur la fin de l’empire soviétique. Le président russe a, à maintes reprises, souligné que la disparition de l’URSS avait constitué une tragédie pour les Russes et « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle », comme il l’avait lancé devant le Parlement russe en 2005. « Nous avons coutume de dire : celui qui ne regrette pas l’Union soviétique n’a pas de cœur, celui qui veut son retour n’a pas de cerveau », avait aussi affirmé le chef de l’État russe.

Reconstruire l’empire ?

Poutine Sergueï Choïgou Alexandre Bortnikov FSB
Le président russe Vladimir Poutine, entouré par son ministre de la Défense Sergueï Choïgou (g) et le patron du FSB Alexandre Bortnikov, en 2014 dans le port de Sébastopol, en Crimée. | AFP

Vingt-cinq ans plus tard, s’il n’est pas question de ressusciter l’Union soviétique, Vladimir Poutine ne cache pas ses ambitions de faire de son pays une puissance du monde multipolaire. En reprenant la Crimée à l'Ukraine en 2014, le président russe n’a pas hésité à remodeler les frontières héritées de 1991, au mépris des accords internationaux, ce qui a donné lieu au déclenchement de sanctions de la part de l’Union européenne et des Etats-Unis, auxquelles le Kremlin a répondu par des contre-sanctions.

« On peut parler de projet néo-soviétique », analyse Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l'Institut français de géopolitique de l’université Paris VIII et membre de l’institut Thomas More. « Il y a une dimension territoriale à ce projet, avec une volonté de reprendre le contrôle de territoires qui autrefois étaient partie intégrante de l’URSS. » En août 2008, pour la première fois depuis la chute du régime soviétique, la Russie avait envoyé ses chars en Géorgie pour tenter d’y reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud. Cinq ans plus tard, après la révolution qui a chassé du pouvoir le président ukrainien Victor Ianoukovitch, la Russie a soutenu les velléités séparatistes, en envoyant ses militaires en Crimée tout en apportant son soutien aux combattants pro-russes du Donbass. « Il y a de fortes pressions russes en général sur tout son voisinage, y compris sur les pays baltes », rappelle Jean-Sylvestre Mongrenier.

Face aux menaces réelles ou supposées, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie font régulièrement part de leurs préoccupations. Bien que membres de l’Union européenne et de l’OTAN, ces pays marqués par un demi-siècle d’occupation soviétique, s’inquiètent de la politique de défense des minorités russophones, que la Russie a notamment mise en œuvre en Ukraine. « Les pays baltes ont cette particularité d’avoir une minorité russophone, plus ou moins importante selon les pays, de taille relativement modeste en Lituanie, elle l’est davantage en Lettonie et en Estonie, c’est donc un projet qui inquiète », souligne Florent Parmentier, maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au centre de géopolitique d’HEC, qui voit dans la stratégie russe « un réflexe offensif, mais aussi défensif ». « Il y a à la fois la volonté d’avoir un maximum d’influence dans les pays concernés, et en même temps la sensation que l’ensemble du monde essaye d’empêcher l’intégration régionale autour de la Russie », précise le chercheur.

Saper les institutions transatlantiques

La Russie menacée par l’Otan qui cherche à l’encercler : l’argument est régulièrement avancé par le Kremlin, qui voit dans l’attractivité exercée par l’Alliance atlantique ou l’UE auprès des anciennes républiques soviétiques une stratégie délibérée d’effritement de son espace d’influence. « Un certain nombre d’actions russes peuvent être comprises comme découlant d’une volonté de remettre en cause les institutions de sécurité transatlantiques », souligne Olivier Schmitt. Selon le directeur de l’Association pour les études sur la guerre et la stratégie, professeur associé de Sciences politiques à l’université du Danemark du sud, « la doctrine militaire russe estime que l’extension de l’Otan et son existence même est une menace existentielle pour la fédération de Russie. Elle considère qu’en affaiblissant ces institutions la Russie sera sécurisée. L’un des objectifs est donc de saper potentiellement les instruments de sécurité transatlantiques. »

Pour parvenir à leurs fins, les moyens employés ne sont pas uniquement militaires, souligne Olivier Schmitt : « Cela peut prendre des formes assez classiques de manœuvres de subversion, de guerre de l’information, ou de financement de partis politiques populistes, qui ont des programmes hostiles aux structures de sécurité transatlantiques en Europe ». L’objectif poursuivi - saper la cohésion socio-politique des sociétés occidentales -, trouve une audience favorable auprès de certains Européens, constate Olivier Schmitt. « Déçus par la démocratie libérale actuelle, ils sont en attente de discours alternatif. Le slogan de [l’agence de presse russe] Sputnik, - "nous vous parlons de ce que les autres ne vous parlent pas" -, fait écho à ce sentiment de dépossession des citoyens pas rapport à l’appareil d’Etat : il y a donc une demande sociale sur laquelle les Russes peuvent jouer à travers leurs moyens de communication. »

Union eurasiatique

Vladimir Poutine a rencontré son homologue du Kirghizistan, Almazbek Atambayev, le 16 mars 2015.
Vladimir Poutine a rencontré son homologue du Kirghizistan, Almazbek Atambayev,  le 16 mars 2015. Anatoly Maltsev/Pool/Reuters

Parallèlement aux institutions transatlantiques auxquelles elle tente de s’opposer, la Russie met en place, avec plus ou moins de succès, ses propres structures pour renforcer sa sphère d’influence dans ce qu’elle nomme régulièrement son « étranger proche ». Grand projet, porté depuis le début de la décennie par Vladimir Poutine, l’Union eurasiatique, à l’origine simple union douanière, prévoit, à terme, une intégration plus politique. Aujourd’hui, quatre pays y participent autour de la Russie : la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizstan. Mais sans l’Ukraine, résolument tournée vers le camp occidental depuis la révolution de 2014, cette union, « association supranationale puissante, capable de devenir l’un des pôles du monde moderne et qui servira de pont entre l’Europe et la dynamique région Asie-Pacifique », selon les vœux de Vladimir Poutine, apparaît comme affaiblie.

« L’Ukraine est la pierre angulaire des conceptions géopolitiques russes, explique Jean Sylvestre Mongrenier, cela laisse à penser que la Russie ne cherchera certainement pas une sorte de compromis dans la crise ukrainienne. » Le chercheur adresse une mise en garde à ceux qui, en Occident, s’accrochent à l’idée d’une « finlandisation » de l’Ukraine pour trouver un compromis avec la Russie. Si l’Ukraine était neutre, cela ne changerait pas beaucoup de choses, estime ce membre de l’institut Thomas More : « La Russie veut sur le moyen-long terme réussir à satelliser à nouveau l’Ukraine. » Pour parvenir à ses fins, Vladimir Poutine conserve des moyens de pression : « Il a annexé la Crimée et il contrôle indirectement le tiers du Donbass. Tout cela fait des leviers d’action pour exercer des pressions sur Kiev. Dans la durée, il mise, d’un côté, sur une sorte de décomposition du pouvoir ukrainien, et de l’autre, sur un désintérêt de la part des pays membres de l’Union européenne et des Etats-Unis. »

Les échéances électorales récentes et à venir dans le camp occidental intéressent à plus d’un titre le Kremlin. Il espère que l'élection présidentielle en France et les législatives en Allemagne en 2017, amèneront au pouvoir des personnalités plus enclines au compromis avec Moscou. Quant à l’élection de Donald Trump, elle inquiète déjà les responsables ukrainiens. Le prochain président américain a déclaré à plusieurs reprises n’avoir rien contre l’instauration de « zones tampons » par la Russie.

Publicado em 29/12/2016 - Modificado em 04/01/2017

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