À Colombo, le 28 avril 2019 : en marche pour une cérémonie bouddhiste en hommage aux victimes des attentats du dimanche de Pâques au Sri Lanka.
À Colombo, le 28 avril 2019 : en marche pour une cérémonie bouddhiste en hommage aux victimes des attentats du dimanche de Pâques au Sri Lanka.
Thomas Peter / REUTERS
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Le Sri Lanka choisi par l'EI parce que « défaillant en matière de sécurité »

Au Sri Lanka, après les attentats de Pâques revendiqués par le groupe État islamique, l'enquête continue.
Por RFI -

Seize personnes dont six enfants ont été tuées dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 avril 2019 dans l'assaut de la police contre cette cache jihadiste, près de la ville de Kalmunai, dans l'est du pays. Sur la foi d'informations fournies après l'arrestation du chauffeur de Zahran Hashim, présumé mort dans l’attentat contre l’hôtel Shangri-La, les policiers ont donné l'assaut à une maison abritant, selon eux, des jihadistes. Au moins 94 personnes ont été interpellées depuis dimanche dernier et les autorités viennent d'interdire deux mouvements islamistes radicaux.

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Il y aurait encore selon les autorités, plusieurs dizaines de terroristes potentiels en fuite sur le territoire. « Nous avons des informations selon lesquelles il y a environ 140 personnes au Sri Lanka liées à l'État islamique », a lancé vendredi le président Maithripala Sirisena. Selon le professeur Arie Kruglanski, de l'université du Maryland aux États-Unis que nous avons joint par téléphone, cela témoigne de l'ampleur de la pénétration du groupe État islamique dans le pays et dans l'ensemble de l'Asie du Sud.

La pieuvre de l'EI a des tentacules jusqu'en Asie du Sud

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 Le professeur Arie Kruglanski, au micro de Vincent Souriau28/04/2019 - par RFI

« C'est un phénomène général qui a commencé avant le recul du groupe État islamique mais qui s'est intensifié après la chute du califat. L'État islamique déploie ses tentacules dans toute la région et coopte des groupes jihadistes locaux... ça a été le cas aux Philippines, en Indonésie, au Bangladesh. La liste est très longue... Et le Sri Lanka n'a pas été épargné... En 2015, 45 musulmans sri-lankais sont partis en Syrie pour rejoindre les rangs de l'organisation État islamique. Et les groupes locaux comme le NTJ dont on a beaucoup parlé cette semaine se sont mis à son service... Voilà pourquoi les attaques de Pâques représentent une victoire immense et spectaculaire du modèle mis en place par le groupe État islamique ».

Les canaux du trafic de drogue et du crime organisé

Les enquêteurs cherchent aussi à saisir les motivations des jihadistes. Comment le groupe État islamique a t-il pu percer dans ce pays qui n'avait jamais connu ce type d'attentat commis au nom de l'islam ? Il ne faut pas chercher plus loin que les failles sécuritaires, selon le professeur Arie Kruglanski.

« Jusqu'ici le Sri Lanka était connu pour sa relative harmonie religieuse. Le seul conflit qui a marqué le pays opposait les Tamouls aux Cinghalais. Mais les religions vivent en paix. Il y a par exemple des officiers chrétiens et musulmans dans l'armée sri-lankais et personne ne s'est jamais plaint de discrimination religieuse. Le Sri Lanka a plutôt été choisi pour des raisons pragmatiques. Parce qu'il était défaillant en matière de sécurité. Il y avait des groupes musulmans sur place, une très faible sécurité... La possibilité d'utiliser des canaux qui étaient réservés dans le temps au trafic de drogue et au crime organisé. Les terroristes adorent ce genre d'endroits, parce que ça leur offre une garantie de succès ».

Le NTJ interdit ce samedi

Plusieurs cellules résiduelles seraient encore actives sur le territoire sri-lankais selon les autorités, qui ont interdit ce samedi 27 avril le NTJ, le National howheeth Jama'ath, ainsi qu'un groupe satellite, le Jamathei Millathu Ibraheem (JMI). Le NTJ était dirigé par Zahran Hashim, qui a effectué l'attaque suicide contre l'hôtel Shangri-La de la capitale Colombo avec un second kamikaze. Il apparaissait dans une vidéo diffusée par le groupe État islamique : on l'y voyait prêtant un serment d'allégeance au chef de l'organisation jihadiste Abou Bakr al-Baghdadi.

Comment le NTJ a-t-il pu monter une opération de cette ampleur sans être inquiété ?

« Il naviguait sous les radars mais les services de renseignement le connaissaient très bien, poursuit Arie Kruglanski. Et ils s'inquiétaient parce que ce groupe se radicalisait de plus en plus... Certains de ses prêcheurs faisaient des déclarations très inquiétantes. Ils incitaient à la violence contre les infidèles quels qu'ils soient, bouddhistes ou chrétiens. Certains disaient même que l'islam devait conquérir le Sri Lanka, mais ils n'avaient pas de revendications politiques... C'était religieux. C'est une organisation qui bouillonnait ces dernières années, qui était bien connue et surveillée de près à la fois au Sri Lanka et en Inde, mais comme le gouvernement n'a jamais voulu reconnaître la montée de l'influence du groupe État islamique, il n'a jamais fait les gros titres et c'est resté entre mains des services de renseignement ».

Défaillances dans la chaîne de transmission

Les autorités sont sur la sellette car elles disposaient d'informations selon lesquelles quelque chose se tramait. Une alerte rédigée le 11 avril par le chef de la police, prévenant que le NTJ préparait des attentats, n'a pas été communiquée au Premier ministre et à des ministres de haut rang, sur fond de lutte de pouvoir entre le chef de gouvernement Ranil Wickemesinghe et le président Sirisena, qui est également ministre de l'Intérieur et de la Défense. Le chef de la police et un haut responsable du ministère de la Défense ont démissionné.

Le dernier bilan des attentats du dimanche de Pâques est de 253 morts et de 500 blessés, « une immense tragédie, une insulte à l'humanité », a déclaré ce dimanche 29 avril l'archevêque de Colombo, Mgr Malcolm Ranjith.

Publicado em 03/05/2019 - Modificado em 12/07/2019

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