Áudio
La chute du pétrole pénalise les pays producteurs déjà fragiles
Plusieurs pays sont pénalisés par la chute des cours du pétrole. Ici, la raffinerie Kaduna au Nigeria.
Irene Becker/Getty
En six mois, le pétrole a perdu 20% de sa valeur. Le cours du baril est même passé cette semaine en dessous du seuil des 80 dollars. Une baisse plutôt bienvenue pour le porte-monnaie des ménages et délicate à gérer pour les États exportateurs.

Première diffusion le 17/10/2014

Car ils sont nombreux à construire leur budget, c'est-à-dire les investissements publics et surtout la redistribution aux ménages, sur les revenus futurs du pétrole. C'est le cas, entre autres, du Venezuela et de la Russie, les deux pays les plus fragilisés par la chute des cours, parce que déjà en mauvaise santé économique.

À Moscou, la baisse sera un problème pour le budget à partir de 2015. Actuellement, l'exportation rapporte à l'État russe la moitié de ses recettes. Son budget est équilibré avec un baril à 96 dollars, il en vaut aujourd'hui dix de moins à Londres. La baisse du pétrole, c'est un peu pour la Russie la double peine qui amplifie les difficultés provoquées par les sanctions occidentales.

C'est encore plus sensible au Venezuela. En délicatesse avec ses créanciers, faute de devises, Caracas restreint ses importations courantes pour honorer les remboursements. La baisse du pétrole lui ôte donc une précieuse marge de manœuvre. La chute du pétrole pourrait bien précipiter un défaut de paiement du Venezuela, prédisent des économistes américains.

Des États pétroliers s'en sortent mieux que les autres comme le chef de file de l'Opep, l'Arabie saoudite

Quand on est assis sur des montagnes de pétrodollars, gérés par des fonds souverains, ce qui est le cas du royaume saoudien, rien d'alarmant. Le royaume saoudien a dans ses poches au moins 700 milliards de dollars en réserve, de quoi supporter un déficit.

En revanche pour l'Iran, l'Irak et le Nigeria, qui, à eux trois, totalisent à peine 200 milliards de dollars de réserve, la glissade des cours est plus difficile à encaisser. Là encore, ce sont des pays vulnérables pour des raisons géopolitiques ou économiques. Parmi les pays émergents, d'autres s'en sortent mieux que les autres parce qu'ils sont aussi importateurs et, dans un contexte de baisse généralisée des cours de matières premières, leur balance commerciale sera finalement peu impactée par la chute des cours. C'est ce que révèle une étude du Crédit Suisse. Le Mexique, par exemple, qui importe beaucoup de produits raffinés, peut traverser ce passage à vide sans dégrader ses échanges extérieurs.

Enfin, parmi les pays qui s'en sortent le mieux, ce sont les États-Unis. Ce nouveau poids lourd du marché peut supporter une baisse en deçà de 80 dollars sans remettre en cause ses investissements pétroliers et donc son offre, et puis pour les ménages américains c'est « tout bénef ». La baisse actuelle des cours allège leur facture à la pompe de 600 dollars par an.

Tous les pays importateurs vont-ils profiter de cette baisse ?

À des degrés divers. L'Inde par exemple, qui importe 75% de ses besoins pétroliers, espère améliorer sa balance commerciale et pourrait faire des économies budgétaires de plus de deux milliards de dollars sur les subventions au carburant si la baisse est durable.

En Europe, le bénéfice escompté est à relativiser. Dans un premier temps, il y a bien un effet positif pour le pouvoir d'achat. Sauf que la région est actuellement menacée de déflation, la déprime du pétrole réduit donc à néant les efforts de la BCE pour faire repartir les prix à la hausse. Et la soudaine chute du pétrole a aussi alimenté la chute des valeurs pétrolières à la bourse américaine. Un coup de mou qui a précédé la tempête des deux derniers jours.

Publicado em 26/01/2016 - Modificado em 28/01/2016 - Por Dominique Baillard

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