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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La panne géante dont vient de souffrir le Venezuela a bien entendu des répercussions politiques importantes, dans ce pays dont le pouvoir est tiraillé entre un président officiel et un président autoproclamé, qui aimerait s’en saisir, mais en est encore écarté en ce moment. Alors bien sûr la paralysie du pays ne fait rien pour calmer les choses, et le manque d’électricité est dramatique. Car c’est bien comme ça qu’elle se manifeste cette panne : plus de courant. L’électricité n’est plus acheminée, les circuits sont coupés. L’expression panne d’électricité a donc un sens bien particulier, qui déborde de l’usage courant du mot : une panne le plus souvent, c’est l’arrêt imprévu, accidentel, dû au mauvais fonctionnement d’une machine.

Or la panne est au départ un terme de marine. Et le mot est de la même famille que penne, la plume. Il s’agit d’une pièce de bois qui s’amincit, comme un plume, une vergue c’est-à-dire une pièce qui porte la voile fixée au mât, que l’on oriente d’une certaine façon quand on veut que s’arrête un bateau à voile. On dispose les voiles, on oriente les vergues de telle façon qu’il va arrêter sa marche : on le met en panne. On voit donc que le mot au départ se trouve dans des expressions actives : on met un bateau en panne, quand on souhaite l’arrêter ; on ne subit pas cette immobilité : on la fabrique.

Puis, au 19e siècle, le mot a quitté le vocabulaire maritime pour passer dans celui des machines mécaniques, et terrestres, et changer de point de vue. Être en panne après avoir signifié être immobile exprès, a voulu dire être immobile du fait d’un fonctionnement défectueux. Et le mot panne lui-même a alors acquis son autonomie : la panne, c’est l’avarie ou parfois même le manque : panne d’essence, panne de batterie. Avec ce côté rageant et impuissant. Car on n’y peut rien ! On enrage, on piétine !

Le mot a souvent été employé, à la suite de ça, dans des expressions figurées qui n’avaient plus de rapport avec les moyens de transport, ni d’ailleurs les machines : panne de réveil (là encore, on peut imaginer un réveil qu’on a oublié de remonter : ça a un rapport avec le dysfonctionnement mécanique) panne d’oreiller (étonnant, car linguistiquement, c’est tout à fait contradictoire, et ça veut dire pratiquement la même chose que le précédent, avec une logique qui marche sur la tête : c’est que l’oreiller marche trop bien si on ne se lève pas.)

Ou alors panne d’idée, panne d’inspiration. L’image qui prévaut est que l’on est à sec.. Comme si l’on n’avait plus d’essence, qu’on manquait de combustible.

Et pour un processus politique, lorsqu’on dit par exemple que l’Europe est en panne… le mot correspond à cette impression d’immobilité forcée, mais aussi – et là on retrouve l’image nautique du début – à l’impression que l’on va à la dérive.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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