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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Réforme du chômage titrait hier Rfi, à propos des déclarations d’Édouard Philippe. Bien sûr, en écoutant ou en lisant cet article plus avant, on s’apercevait qu’il s’agissait de la réforme de l’assurance-chômage. Est-ce un lapsus ? Ou inexactitude liée à la rapidité avec laquelle les journalistes doivent traiter l’information. Je n’en suis pas si sûr : c’est peut-être une façon très habile de mettre le doigt sur l’enjeu réel de ces déclarations. Cette réforme de l’assurance va-t-elle changer la situation du chômage en France ? Car c’est bien comme ça qu’elle se présente : faire des économies, soit ! Mais aussi réduire le chômage, et à terme (on peut toujours l’espérer…) revenir au plein emploi.

Ce mot de chômage, ancien, a connu des sens divers et fort différents. Puisque ses premiers emplois font référence aux animaux, notamment aux bovins qui cessent de brouter par forte chaleur : trop fatigant !

Mais bien vite, le mot s’est appliqué à l’homme avec des sens particuliers : ne pas travailler parce que c’est la tradition, et l’usage religieux. Les vacances, plus encore les congés payés sont des conquêtes récentes. Mais avant ces calendriers, qui datent d’après la révolution industrielle, sans vacances définies, on ne travaillait pas de nombreux jours dans l’année : les jours fériés, ceux où l’on fêtait tel ou tel saint. On en a un souvenir chez La Fontaine par exemple, dans la célèbre fable du Savetier et du Financier ;

Et bien, que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?
Tantôt plus, tantôt moins, le mal est que toujours
(et sans cela nos gains seraient assez honnêtes),
Le mal est que dans l’an s’entremêlent des jours
Qu’il faut chommer ; on nous ruine en fêtes.
L’une fait tort à l’autre ; et monsieur le Curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Le pauvre Savetier l’a bien dit, « on nous ruine en fêtes ». Et pas question de travailler quand même ces jours-là.

Même si on trouve le mot avec un sens un peu voisin auparavant, c’est au 19e siècle que le chômage trouve son sens moderne : ne pas travailler parce qu’on ne trouve pas de travail salarié, parce qu’on n’a pas d’emploi. Et le chômage devient alors un problème de société. Avec tous les dérivés du mot : chômeur, qu’on entend parfois, mais de façon plaisante, pour dédramatiser la situation justement, transformer en chômiste. Et le chômage qu’appelle parfois le chômedu. Là encore, suffixation populaire.*

Mais le mot a un sens qui s’étend, puisque, selon certaines conditions, et qui viennent précisément d’être modifiées, on touche une allocation lorsque pendant un certain temps, on n’a plus d’emploi. On peut dire alors je touche le chômage. Je n’ai pas de travail, mais heureusement, j’ai encore mon chômage : dérive de sens très compréhensible, et relativement heureuse.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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