La statue de Youri Gagarine, dans l'avenue Léninski à Moscou, en Russie.
La statue de Youri Gagarine, dans l'avenue Léninski à Moscou, en Russie.
Artyom Geodakyan \ TASS via Getty Images
مقالة

Les Russes et l'espace après Gagarine

Le 12 avril 1961, Youri Gagarine effectuait le 1er vol habité dans l'espace. Dans le contexte de la guerre froide, les deux grandes puissances, États-Unis et Union Soviétique de l'époque, ont fait de la conquête spatiale leur principale priorité. Mais un demi-siècle plus tard, les stratégies demeurent bien différentes. Aujourd'hui, on est loin de cette course effrénée entre les nations, contraintes budgétaires obligent.
بحسب Nenad Tomic -

Après les grandes ambitions soviétiques le nouveau programme spatial russe doit surtout composer avec un budget restreint. En attendant les grands projets qui font rêver l’humanité entière, la Russie se concentre actuellement sur une exploitation commerciale de l’orbite basse (1). Pour cela, Moscou compte développer le système de navigation par satellite, le Glonass, concurrent du GPS américain, qui pourrait être opérationnel d'ici à 2020 si le lancement de quelque 70 satellites se passe sans encombre.

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Philippe Hénarejos, rédacteur en chef du magazine Ciel et Espace (00'47")

Quant à l'exploration de l'espace, les ambitions sont revues à la baisse si l'on compare avec l'époque de Gagarine. Mais il reste malgré tout quelques projets intéressants. « La Russie a de très beaux projets d’exploration, par exemple la mission Phobos-Grunt en coopération internationale pour aller étudier un satellite de Mars. Et d’ailleurs, ils réfléchissent même à la possibilité que la première mission humaine dans le voisinage de Mars ne soit pas justement sur Mars mais sur Phobos. Ils prévoient également un nouveau Soyouz, une nouvelle fusée, un nouveau pas de tir et à d’autres missions d’exploration. Il y a eu des hauts et des bas comme partout, tout est cyclique, mais ce sont des partenaires incontournables de l’exploration spatiale du futur à l’échelle planétaire », précise Jean-François Clervoy, astronaute de l'agence spatiale européenne.

Objectif Mars : une coopération forcément planétaire

Contrairement aux États-Unis, la Russie doit gérer son lourd héritage, laissé par l'ex-Union soviétique. Il faut rattraper le retard sur le développement technologique provoqué par plus d’une décennie de non-investissement à l’époque de la chute de l’URSS. Le programme pour la prochaine décennie met surtout en avant la construction d'un gigantesque cosmodrome dans l'Extrême-Orient russe à Vostochny. Ce nouveau centre spatial sera prêt à l'horizon 2016-2018. Un projet extrêmement important pour Moscou qui souhaite avoir enfin une base spatiale sur son propre territoire.

L’actuel centre spatial de Baïkonour appartient au Kazakhstan. Et c'est incontestablement la première étape dans la modernisation de leur technologie. « La Russie est comme les autres puissances spatiales et il faut qu’elle se remette à niveau technologiquement. Et cet investissement est prioritaire aujourd’hui pour moderniser l’industrie spatiale russe car c’est le point clé qui va faire que la Russie va pouvoir rester ou non une très grande puissance spatiale dans les années à venir », estime Isabelle Sourbès-Verger, géographe et spécialiste des stratégies spatiales.

Très difficile de mettre au point le voyage vers Mars

Après Gagarine et l'homme sur la Lune, le prochain grand défi de l'humanité sera d'aller sur la planète Mars. Mais les Russes ne pourront pas y aller seuls car aucune puissance spatiale dans le monde ne pourra faire ce voyage sans collaboration avec d’autres puissances. Pour un tel projet, il faut réunir les forces. « Le voyage habité, loin de l’orbite basse terrestre sera en coopération internationale. Je souhaite personnellement à l’échelle mondiale. Ce ne sera peut-être pas le cas ou seulement les Japonais avec les Américains, les Chinois avec les Russes avec les Européens. Mais ce sera au niveau international. Je ne vois pas aujourd’hui une nation ambitionner toute seule de relever ce défi sans utiliser l’expérience acquise par tous les partenaires internationaux », confirme Jean François Clérvoy.

Une coopération planétaire sera donc indispensable. Mais on ne remarque pas le même enthousiasme partout. Il n'y a plus de compétition comme à l’époque de la guerre froide. La première phase de conquête spatiale est également terminée et pour faire rêver il faudrait aller au-delà de la possibilité technologique actuelle.

Prochaine étape, Phobos ?...

Par ailleurs, c'est un autre contexte politique qui influence les raisons d'envoyer des hommes dans l'espace, selon Xavier Pasco, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique : « On entre dans une nouvelle ère, explique-t-il, dans un nouveau paysage spatial où il faut justifier avec d’autres raisons la présence de l’homme dans l’espace. Pour l’instant les États-Unis sont en train de chercher cette justification, mais c’est vrai aussi pour les autres pays comme la Russie et l’Europe ». « La Chine semble avoir des motivations plus précises, constate Xavier Pasco, parce qu’elle veut se montrer comme une grande puissance, donc on verra sans doute d’autres Chinois dans l’espace. Mais on voit bien qu’on est à un carrefour, au début d’une nouvelle ère où le paysage spatial se transforme ».

Pour réaliser ce rêve de voyage vers Mars les puissances spatiales devront réunir les forces. Et il faudrait sans doute compter sur les Chinois et les Indiens et ne pas les exclure comme c'était le cas pour la Station spatiale internationale. Il ne faut pas oublier qu'il est très difficile de mettre au point le voyage vers Mars et surtout le retour vers la Terre en raison de la gravitation sur la planète rouge. Pour cela, une expédition sur Phobos, la lune de Mars, est tout à fait envisageable car elle est moins compliquée à mettre au point. Mais ce voyage ne pourra pas se faire non plus dans l’immédiat. Il faudra construire le vaisseau capable d’emporter le matériel et les hommes pour un long voyage de trois ans.

 

(1) Zone de l'orbite terrestre allant jusqu'à 2 000 kilomètres d'altitude.

النشر بتاريخ 27/03/2019 - التعديل بتاريخ 05/04/2019

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