Les moustiquaires imprégnées constituent un excellent outil de prévention contre le paludisme mais leur efficacité est désormais menacée.
Les moustiquaires imprégnées constituent un excellent outil de prévention contre le paludisme mais leur efficacité est désormais menacée.
T. Martin/IRD
مقالة

L'IRD alerte sur une recrudescence inquiétante du paludisme en Afrique

Après une nette baisse du paludisme en Afrique ces dernières années, la maladie connaît une recrudescence inquiétante. Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont observé un rebond du nombre de cas depuis fin 2010 dans le village de Dielmo, au Sénégal. Ces travaux ont été publiés dans la revue The Lancet Infectious Diseases. Interview de l'auteur de l'étude, Dr Jean-François Trape, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, par Michèle Diaz.
بحسب Michèle Diaz -

RFI : Docteur Jean-François Trape, depuis plusieurs années les chiffres sont bons en matière de recul des victimes du paludisme. Le constatez-vous en Afrique de l’Ouest et notamment au Sénégal, là où vous travaillez justement ?

Jean-François Trape : C'est certain, depuis quelques années, on peut noter une énorme diminution à la fois de la mortalité due au paludisme et du nombre d’accès palustres et ce aussi bien dans les dispensaires qu’au niveau des populations qui sont suivies dans le cadre de notre programme de recherche ; on relève également une diminution du portage du parasite : quand on fait des enquêtes chez les enfants, dans les villages, on trouve beaucoup moins d’enfants parasités que par le passé.

Ainsi, par exemple, dans de nombreuses régions du Sénégal où auparavant en fin de saison des pluies, on trouvait jusqu’à 80% d’enfants porteurs du paludisme on n'en trouve plus actuellement, dans ces mêmes régions, qu'entre 2 et 20% qui sont porteurs du parasite du paludisme.

RFI : Pourtant vous publiez une étude sur la recrudescence de cette maladie. Brièvement, pourquoi cette recrudescence ?

J.F.T. : Paradoxalement, je crois que c’est probablement un peu le contrecoup de tant d’efficacité ces dernières années! Pourquoi la mortalité, la morbidité, le portage des parasites ont autant diminué au Sénégal comme dans d’autres pays d’Afrique d’ailleurs ? Cela s'explique d’une part par l’introduction de nouveaux médicaments à base de dérivés de l’artémisinine -qui se sont avérés extrêmement efficaces comme traitement- et, d'autre part, par la mise en place de moyens de prévention tels que les moustiquaires imprégnées d’insecticide -qui ont été distribuées massivement dans de nombreux pays.

La conjonction de ces deux armes extrêmement efficaces a permis d'enregistrer une très forte diminution du paludisme, beaucoup plus importante que celle que l'on pouvait imaginer auparavant. Au Sénégal, en particulier, on a noté une chute de la mortalité divisée par quatre en l’espace de quelques années. Mais, en contrepartie de tout cela, les grands enfants et les adultes, beaucoup moins piqués que par le passé, ont perdu en immunité.

Or depuis 2010, à cette perte d’immunité, s’est trouvé conjugué le fait que les moustiques anophèles (qui transmettent le paludisme) sont devenus très largement résistants aux insecticides utilisés pour les moustiquaires imprégnées.

Donc cette apparition de la résistance aux insecticides, combinée à une certaine diminution de l’immunité, s'est soldée par un rebond du paludisme en 2010 dans les villages du Sénégal que nous étudions et notamment dans un village qui est particulièrement suivi depuis vingt ans où, tous les jours, on détecte de nouveaux cas de paludisme.

RFI : Pouvez-vous nous donner des chiffres, un pourcentage ?

J.F.T. : Pendant les deux premières années qui ont suivi l’introduction des moustiquaires imprégnées, la diminution du paludisme a été absolument spectaculaire puisqu’au niveau de la population du village, les personnes sont devenues treize fois moins souvent malades qu’avant le déploiement des moustiquaires imprégnées. Ca été absolument spectaculaire!

Par contre, en 2010, et ça s’est poursuivi en 2011, le paludisme est remonté chez les grands enfants et les adultes à des niveaux qui sont très proches de ceux d’avant le déploiement des moustiquaires. Par contre, chez les très jeunes enfants, les niveaux de morbidité sont restés assez faibles encore.

Donc nous interprétons ces résultats comme justement en partie dus à cette perte d’immunité. Ceci étant, il faut relativiser le problème : peut-être que les personnes sont devenues plus sensibles au paludisme mais les formes présentées sont moins graves qu'avant ... parce que ce sont des personnes qui avaient quand même développé une bonne immunité clinique par le passé.

Humainement et économiquement, le paludisme a un coût ...

Malgré le progrès réalisé dans le domaine du diagnostic et le traitement au cours de la dernière décennie, le paludisme demeure toujours une menace globale qui affecte des millions de personnes.

  • Environ 800 mille personnes décèdent chaque année à cause du paludisme. La plupart des victimes sont des enfants qui n'ont pas dépassé l'âge de 5 ans.
  • La maladie est responsable d'environ 40% des dépenses de santé en Afrique Sub-saharienne et coûte 12 milliards de dollars en perte de productivité par an.

النشر بتاريخ 02/10/2015 - التعديل بتاريخ 28/10/2015

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