Une femme arrange une moustiquaire autour de son enfant pour le protéger des moustiques et des mouches, à Jessore, Bangladesh.
Une femme arrange une moustiquaire autour de son enfant pour le protéger des moustiques et des mouches, à Jessore, Bangladesh.
Majority World/UIG via Getty Images
مقالة

L’Asie sous la menace d’un paludisme particulièrement virulent

Une nouvelle forme de paludisme sévit en Malaisie. Découverte chez 68 % des patients hospitalisés, contre 5 % en 2000, cette espèce rare du parasite responsable du paludisme le « Plasmodium knowlesi » semble progresser plus largement en Asie. Cette variété du parasite multiplie par trois le risque de survenue d’une forme grave de la maladie.
بحسب Claire Arsenault -

On dénombre maintenant 2 000 cas de paludisme par an à Bornéo dus au virulent Plasmodium knowlesi. Une forme particulière du parasite responsable du paludisme qui est de plus en souvent isolé dans les cas mortels de la maladie. Dans le monde, il existe cinq espèces de Plasmodium dont les plus répandus sont le vivax et le falciparum, ce dernier étant le plus mortel et celui qui résiste le plus aux traitements antipaludiques. 

Dix fois plus de cas en dix ans
 

Un anophèle en plein repas sanguin
Un anophèle en plein repas sanguin. | James D. Gathany/wikimedia.org

C’est une étude présentée récemment en Louisiane, aux Etats-Unis, qui alerte sur l’avancée de cette redoutable maladie émergente particulièrement présente en Malaisie. Les auteurs de l’enquête attirent l’attention des pouvoirs publics sur la vitesse jugée « préoccupante » avec laquelle se répand le parasite Plasmodium knowlesi en Asie du Sud-Est où seul le Laos est encore indemne.
 
Le paludisme est transmis exclusivement par les piqûres des moustiques Anopheles. La maladie a tué 627 000 personnes dans le monde en 2012, selon l’OMS, dans la majorité des cas, des enfants en Afrique subsaharienne. Une fois introduit dans l’organisme, le P. knowlesi a la faculté de se reproduire toutes les vingt-quatre heures, beaucoup plus rapidement donc que dans les autres formes de paludisme, ce pourquoi il est si dangereux, explique l’auteur de l’étude, Balbir Singh chercheur à l’université de Sarawak en Malaisie.
 
Ce sont des singes macaques dits « à longue queue et à queue de cochon » qui hébergent un réservoir gigantesque du redoutable P. knowlesi. Ce dernier est transmis à l’homme par les moustiques qui ont piqué le singe, mais les scientifiques craignent que déjà, le parasite circule d’homme à homme, une possibilité démontrée en laboratoire. Découvert en 1932 par Knowles, le premier cas de transmission humaine de ce plasmodium remonte à 1964 et la première épidémie avec 208 cas survient à Bornéo en 2004. En 2010, on dénombre 720 cas en Asie du Sud-Est.
 

Des primates porteurs du parasite Plasmodium knowlesi
Un singe macaque à longue queue et son petit. Ces primates sont porteurs du parasite Plasmodium knowlesi, un agent responsable du paludisme. | Getty/Jason Auch

 
Etudier la maladie dans la « vraie vie »
 
Pour les chercheurs, cette multiplication des cas s’explique notamment par la déforestation intensive destinée à favoriser les plantations de palmiers à huile et l’exploitation du bois. Poussés hors de leur habitat naturel, les macaques sont de plus fréquemment en contact avec les humains dans les zones qui bordent les forêts. La presque totalité des malades (95 %) frappés par cette forme de paludisme sont des adultes, principalement des forestiers et des chasseurs. Une nouvelle preuve de l’interaction entre émergence de maladies et modification de l’écosystème…
 
Il reste beaucoup à apprendre sur cette variété émergente du paludisme. Une quarantaine de scientifiques, issus de plusieurs disciplines, travaillent depuis 2012 en Malaisie dans le cadre du programme Monkeybar prévu pour durer cinq ans. Ils observent les déplacements des singes et des habitants grâce à des GPS, des drones suivent à la trace les moustiques en même temps qu’est mesurée l’avancée de la déforestation. « Nous comprenons la biologie du parasite », précise Jonathan Cox chef du projet Monkeybar, « mais nous ne savons pas comment cela fonctionne dans la vraie vie ».
 
Mais, relativisent les responsables de l’étude Plasmodium knowlesi, le poids que fait peser cette variété de paludisme demeure pour le moment largement moins important en Malaisie que celui de la dengue. Cette maladie infectieuse transmise également par les moustiques a vu sa fréquence multipliée par trois l’an dernier en 2014. Toutefois, la vitesse avec laquelle P. knowlesi se répand, souligne l’urgence qu’il y a pour les spécialistes, à mettre en place des mesures de prévention pour endiguer cette maladie si vite devenue un problème de santé publique. Un pari particulièrement difficile et très coûteux à relever.  

 

النشر بتاريخ 29/09/2015 - التعديل بتاريخ 28/10/2015

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